POINT DE MIRE

 

 

UN PETIT COUP DE POMPE ?

 

 

S. Theys

Dr Kinésithér

Clin Univ Godinne

 

Au 40e congrès du collège français de pathologie vasculaire (Paris 15-17/03/06), la société française de lymphologie a animé des controverses thérapeutiques en pathologie lymphatique.

L’argumentaire pour le drainage lymphatique manuel (DLM) était soutenu par Champlong et le contre par Brun. En ce qui concerne la pressothérapie, le pour était défendu par moi et le contre par Bourassin [1]. De la discussion qui a suivi, il ressort que le DLM, malgré sa diversité de formes et la pauvreté des résultats isolés, bénéficie d’un a priori favorable. Au contraire, la pressothérapie doit encore lutter pour être admise dans les protocoles de traitement des œdèmes. Dans un sens, il y a de quoi. Il faut l’admettre. Il n’y a qu’à regarder dans son historique.

 

Comme le DLM, la pressothérapie est plus que centenaire. Cependant, sa « carrière » comme adjuvant courant dans les œdèmes ne date réellement que de trois décennies seulement. Pourquoi un tel décalage ? La prévention des thromboses veineuses ; tous les efforts étaient auparavant centrés sur la veine !

 

Le premier appareil réellement conçu pour une indication de lymphœdème apparaît au début des années 80 [2]. Malheureusement, faute d’un matériel adéquat semblable et de confrontations cliniques, Casley-Smith [1] acquiert la conviction que la pressothérapie peut être « toxique ». Aussi donne-t-il la préférence à un traitement dit « complexe » qui va condamner et éclipser la pressothérapie … pendant près d’une décennie. A ce moment, la pressothérapie, la grande laissée pour compte, sortit enfin de sa quarantaine forcée. En 1993, la pressothérapie programmable apparaît. Dès lors, la carrière de la technique s’amplifia et du matériel de mieux en mieux adapté aux œdèmes se substitua désormais à celui des pathologies veineuses.

 

Pour les distinguer deux observations. L’une porte sur le compresseur ; l’autre, sur la botte. Le compresseur doit pouvoir aborder le membre avec des séquences bien plus lentes que pour du veineux. De plus, l’idéal serait d’avoir la possibilité d’aborder le membre autant par sa périphérie que par sa racine (comme le DLM). La botte mérite beaucoup plus d’attention. D’abord, l’enveloppe du pied ne peut pas être faite de trois compartiments soudés en triangle (fig. 1). Ce mode permet peut-être de vidanger la semelle veineuse de Lejars ; par contre, il concentre l’œdème au dos du pied. Ensuite, la botte doit être munie d’au moins sept chambres (fig. 2). Sans quoi, cela peut, à nouveau, être bénéfique pour un déficit veineux mais pas pour un œdème qui restera sur place. Enfin, les compartiments doivent être en semi-superposition. Ici encore, le problème veineux avait influencé le montage en juxtaposition. Il faut savoir que pour l’époque, cette approche apportait une solution au garrottage produit par les bottes à chambre unique. Au contraire, l’absence de superposition transformait un membre œdémateux en tôle ondulée.

 

Cette reconnaissance, quoique différée, s’est alors faite au détriment des pompes à usage veineux qui sont, aujourd’hui, à reléguer aux arcannes de l’Histoire. Elles l’auraient été plus tôt, on aurait pu éviter des jugements erronés qui contaminent encore « globalement » la technique. C’est un peu comme rassembler sous le même vocable les différentes techniques de DLM : celles qui ressemblent plus à de la « chipothérapie » risquent de l’enfermer dans les tiroirs de l’oubli pour ne pas dire du discrédit « global ». Ainsi donc, qu’on ne s’y trompe plus : à chaque indication sa pompe ! Pour les artériopathies, il faut du matériel soit sophistiqué alternant dépression et compression, soit un portatif ne recouvrant que le pied. Pour les problèmes veineux, il faut une pompe séquentielle à au moins 5 compartiments ; pour les œdèmes, du matériel programmable, des bottes plus segmentées et avec une force de compression perpendiculaire au dos du pied.

 

En fait, lutter contre la pressothérapie ne fait que la pressothérapie soit mauvaise mais que son enseignement fait défaut. Avec du matériel adapté, ses propriétés décongestives de même que sa bonne tolérance, se confirment de toutes parts, conduisant à sa réhabilitation. À l’extrême, on pourrait dire qu’une décongestion sans pressothérapie est comme une voiture sans moteur. Reste à intégrer cette approche dans un cursus sérieux au même titre que le DLM.

 

[1] Theys S, Bourassin A: Drainage pneumatique: de préjugés en limites et contre-indications.  http://www.eurokine.be , Science; Kine2000 2006;17:7p.

 

[2] Alexander MA, Wright ES, Wright JB, Bikowski JB: Lymphoedema treated with a linear pump: paediatric case eport. Arch Phys Med Rehab 1983;64:132-3.

 

Figure 1 : Avec une construction triangulaire, le massage de la sole plantaire se fait bien mais au détriment de l’œdème qui se concentre au dos du pied. Ceci peut être évité par remplacement des deux chambres latérales par une seule dont la résultante de force est perpendiculaire au dos du pied

 

 

Figure 2 : Pour un œdème, les cellules doivent être plus nombreuses et la superposition plus serrée.

 

 

 

 

 

 

 

 


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