SPORTIFS OU ESCROCS ?

 

Vincent BOLAND - avec l’aimable collaboration du Professeur Xavier Sturbois,

 


Le contrat moral qui unit tout dirigeant au sportif doit inclure, en premier lieu, tout ce qui doit servir à l’intérêt du sportif, valide ou moins valide. Il n’est pas question que ce dirigeant considère le sportif comme source de sa propre valorisation ou comme garniture de sa carte de visite. Malheureusement, une telle mentalité est souvent perceptible aux abords des terrains par l’usage de termes comme: “mon équipe”, “mes joueurs”, “mon entraînement”, etc. relayant le sportif au rang d’objet.

La qualité de l’encadrement mis à la disposition du sportif se mesure à l’étendue de son arsenal de connaissances et de moyens mis à sa disposition


afin de lui faciliter l’acquisition de ses objectifs et accessoirement ceux du club. Au centre de cet arsenal doit se trouver la défense des principes nécessaires à une saine pratique du sport. Un entraînement de qualité constitue une alternative radicale au dopage.  Tout produit dopant est non seulement dangereux à court, à moyen ou à long terme pour la santé mais constitue également une véritable tricherie envers un adversaire que l’on tentera de priver d’un succès honnête et que l’on ébranlera dans ses convictions sur les raisons de sa défaite.

Le sport devrait concourir à l’épanouissement de l’adulte et de l’enfant mais cet épanouissement nécessite-t-il le passage obligé par l’école de l’escroquerie et de la tromperie envers les autres ou envers soi-même que constitue l’utilisation du dopage ? L’école de la vie doit-elle être celle de l’escroquerie ?

Que peut ressentir celui qui a acquis malhonnêtement les médailles et les trophées qui, pendus aux murs, lui rappellent chaque jour son passé, ses tricheries ?

Que peuvent ressentir les parents ayant transféré leurs fantasmes dans leur enfant lorsque les médailles de l’innocence ne témoignent rien d’autre que de l’expression de leur irresponsable vanité ?

Que peuvent ressentir les dirigeants pédants et les entraîneurs sans scrupules chaque fois que s’illuminent les vitrines à trophées éclairant les coupes ou les plateaux, témoins de leur irrespectabilité ?

Que peuvent apporter les médailles de la triche aux enfants et adolescents maltraités par le sport si ce n’est la perte de confiance et la méfiance envers le monde des adultes qui les a manipulés à son profit ?

Même si l’on n’ose pas le crier suffisamment souvent, le dopage a été médicalement montré du doigt comme la cause : 

- De troubles cardiologiques : palpitations, hyper-tension, infarctus...

- de modifications du sommeil et de l’humeur: insomnie, agressivité, dépression..

- de perturbations de la conscience : perte de jugement et petite criminalité, accidents de voiture...

- d’impuissance et d’infécondité...

- ainsi que de nombreux problèmes néo-plasiques : cancer testiculaire, du foie, etc.

Le dopage constitue également une source de fautes éthiques et morales. Un nombre incalculable de sites alimentent actuellement le Web et la discussion à propos des substances dopantes aux effets incertains. Cette polémique doit nous interroger sur la responsabilité et l’éthique qui, en certaines occasions, confondent pratique sportive et essais pseudo-scientifiques en tous genres. Les performances, positives dans certains cas, ne peuvent jamais être considérées comme leur justification sans que l’on n’en connaisse suffisamment les effets secondaires éventuels à long terme. Dans certains pays, dont les USA, il existe, en terme de droit, des notions de responsabilité qui incluent, qu’à l’encontre d’un tiers, ne peuvent être utilisées que des méthodes avérées et sûres, bénéficiant d’un recul suffisant que pour convaincre de la légitimité de leur usage.

Il faudrait cesser de pendre aux murs les médailles acquises par tâtonnement, rappelant quelques hauts faits sportifs ayant accompagné ces “expériences”, mais rappelant indirectement un bilan volontairement non fait des innombrables déceptions les ayant accompagnées et laissant planer désormais la menace d’affections secondaires perverses à moyen ou à long terme.

Enlevons des murs les médailles qui rappellent à d’aucuns la source de leurs maux actuels pour lesquels il est trop tard de gémir ou même de se lamenter.

Il y a longtemps que ces murs ne sont plus que des murs d’illusions devant lesquels les regrets risqueront d’être à court, moyen ou long terme, des regrets éternels. 

Il y a également bien longtemps que les vertus et la gloire du sport ont cessé de faire briller ces médailles et que l’éclat dévolu à la gloire du sport s’est terni au contact de l’escroquerie.


 

“Carte de visite, vous avez dit : carte de visite ?”  Sportifs ou escrocs ?