Impact des fractures vertébrales sur la qualité de vie des patients ostéoporotiques.

 

 

Jean-Yves Reginster

Directeur, Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé pour les Aspects de Santé Publique des Maladies Rhumatismales - Professeur de Santé publique, d’Epidémiologie et d’Economie de la santé, Université de Liège, Liège, Belgique, - Directeur de l’Unité d’Exploration du Métabolisme de l’Os et du Cartilage, Université de Liège, Liège, Belgique.

 

L’ostéoporose se définit comme " une maladie osseuse systémique caractérisée par une diminution de masse et une perturbation de l’architecture osseuse, contribuant à une fragilisation du squelette et à un accroissement du risque fracturaire ". La fracture représente donc l’expression clinique de la maladie osteoporotique. Trois localisations fracturaires, le tassement vertébral, la fracture de l’extrémité distale du radius et celle de l’extrémité supérieure du fémur, sont hautement évocatrices de cette affection. Si la fracture de hanche a été longtemps considérée comme la complication la plus sévère de l’ostéoporose, du fait du taux élevé de mortalité associée, de la morbidité induite et de ses conséquences socio-économiques (1), il apparaît de plus en plus clairement qu’il serait inapproprié de minimiser l’impact réel de la fracture vertébrale (2). Cette fracture est classiquement décrite comme survenant préférentiellement chez la femme. Toutefois, une large étude épidémiologique, multicentrique européenne, a récemment démontré que les sujets de sexe masculin présentaient également une importante propension à la fracture-tassement rachidienne (20.6 % d’une cohorte de 6362 hommes âgés de plus de 50 ans) (3).

 

Il est généralement admis que seul un tiers des fractures vertébrales sont correctement diagnostiquées. Plusieurs études ont néanmoins tenté de préciser l’impact de cet évènement sur la qualité de vie (QDV) des sujets atteints. Les résultats de ces études sont concordantes, quels que soient les outils qui ont été utilisés pour quantifier la QDV. Les outils génériques, comme le SF-36, démontrent systématiquement une altération de la QDV chez les patients souffrant de déformités vertébrales, elles d’entre elles cliniquement diagnostiquées ayant un impact supérieur aux déformations découvertes fortuitement lors d’un examen radiologique (4). Chez les patientes souffrant de tassement fracturaire récent, la dimension physique du SF-12 peut être altérée de près de 10 % (5).

 

Lorsque l’impact de la fracture vertébrale sur la QDV est exprimé en Quality-Adgusted Life Years (QALY), les patientes fracturées chiffrent leur QDV à 0.82 pour une valeur de 0.63 après une fracture de la hanche et de 0.91 dans une population de même âge, exempte de fracture (2). Le risque relatif, pour une femme ayant subi une fracture vertébrale récente, de présenter une réduction d’autonomie est doublée par rapport à la population générale, alors que ces femmes présentent 5.6 fois plus de risques de consulter un praticien en raison de rachialgies (6). Il faut toutefois noter que les outils traditionnels (génériques) de mesure de la QDV manquent parfois de sensibilité pour préciser l’impact et l’exacte répercussion de cette pathologie sur l’utilité de l’état de santé d’un sujet. En colligeant les différentes études réalisées dans ce domaine, on retrouve des valeurs d’utilité variant de 0.3 à 0.8 (7).

 

Il a donc été jugé opportun de développer des outils d’évaluation de la QDV spécifiques à l’ostéoporose. Parmi ceux-ci, le Quality of Life Questionnaire of the European Foundation for Osteoporosis (QUALEFFO) a permis de répondre à de nombreuses questions (8).

 

Les patientes avec fracture vertébrale ont un impact significatif de cette pathologie, sur tous les domaines du QUALEFFO (douleur, fonction physique, fonction sociale, santé générale et fonction mentale).

 

Cette diminution de QDV a été corrélée à la survenue du premier tassement fracturaire. De plus, plus le nombre de tassements est élevé, en particulier au niveau lombaire, plus l’impact sur la QDV sera dramatique (9). Ces résultats ont d’autre part été confirmés par d’autres outils, développés, par exemple pour la population nord américaine (10).

 

Les outils de mesure de la QDV dans l’ostéoporose ont également permis de démontrer l’efficacité des traitements de cette affection, non seulement en termes de nombre de fractures évitées mais également de bien être des patients (11).

 

En conclusion, la fracture vertébrale est un évènement clinique responsable d’une altération significative et quantifiable de la qualité de vie, apparaissant dès le premier épisode fracturaire et s’intensifiant lors des fractures subséquentes. La mise en place d’un traitement efficace de l’ostéoporose permet d’endiguer ce phénomène et d’accroître la qualité de vie des sujets atteints de cette affection.

 

Bibliographie :

 

1. J.-Y. REGINSTER, P. GILLET, W. BEN SEDRINE, G. BRANDS, O. ETHGEN, C. De FROIDMONT, C. GOSSET. Direct costs of hip fractures in patients over 60 years of age in Belgium. Pharmacoeconomics 1999;15:507-14.

 

2. A.N. TOSTESON, S.E. GABRIEL, M.R. GROVE, M.M. MONCUR, T.S. KNEELAND, L.J. MELTON III. Impact of hip and vertebral fractures on Quality-Adjusted Life Years. Osteoporos Int 2001;12:1042-9.

 

3. A.A. ISMAIL, C. COOPER, D. FELSENBERG, J. VARLOW, J.A. KANIS, A.J. SILMAN, T.W. O’NEILL and the European Vertebral Osteoporosis Study Group. Number and type of vertebral deformities: Epidemiological characteristics and relation to back pain and height loss. Osteoporos Int 1999;9:206-13.

 

4. J.D. ADACHI, G. IOANNIDIS, C. BERGER, L. JOSEPH, A. PAPAIOANNOU, L. PICKARD, E.A. PAPADIMITROPOULOS, W. HOPMAN, S. POLIQUIN, J.C.

 

PRIOR, D.A. HANLEY, W.P. OLSZYNSKI, T. ANASTASSIADES, P.J. BROWN, T. MURRAY, S.A. JACKSON, A. TENENHOUSE and the Canadian Multicentre Osteoporosis Study (CaMos) Research Group. The Influence of osteoporosis fractures on health-related quality of life in community-dwelling men and women across Canada. Osteoporosis Int 2001;12:903-8.

 

5. W. COCKERILL, M. LUNT, A.J. SILMAN, C. COOPER, P. LIPS, A.K. BHALLA, J.B. CANNATA, R. EASTELL, D. FELSENBERG, C. GENNARI, O. JOHNELL, J.A. KANIS, C. KISS, P. MASARYK, M. NAVES, G. POOR, H. RASPE, D.M. REID, J. REEVE, J. STEPAN, C. TODD, A.D. WOOLF, T.W. O’NEILL. Health-related quality of life and radiographic vertebral fracture. Osteoporos Int 2004;15:113-9.

 

6. C. HUANG, P.D. ROSS, R.D. WASNICH. Vertebral fracture and other predictors of physical impairment and health care utilization. Arch Intern Med 1996;156:2469-75.

 

7. J.E. BRAZIER, C. GREEN, J.A. KANIS on behalf of the Committee of Scientific Advisors, International Osteoporosis Foundation. A systematic review of health state utility values for osteoporosis-related conditions. Osteoporos Int 2002;13:768-76.

 

8. P. LIPS, C. COOPER, D. AGNUSDEI, F. CAULIN, P. EGGER, O. JOHNELL, J.A. KANIS, S. KELLINGRAY, A. LEPLEGE, U.A. LIBERMAN, E. McCLOSKEY, H.

 

MINNE, J. REEVE, J.Y. REGINSTER, M. SHOLTZ, C. TODD, M.C. de VERNEJOUL, I. WIKLUND for the Working party of Quality of Life of the European Foundation for Osteoporosis. Quality of life in patients with vertebral fractures: validation of the quality of life questionnaire of the European Foundation for Osteoporosis (QUALEFFO). Osteoporos Int 1999;10:150-60.

 

9. A. OLEKSKI, P. LIPS, A. DAWSON, M.E. MINSHALL, W. SHEN, C. COOPER, J. KANIS. Health-related quality of life in postmenopausal women with low BMD with or without prevalent vertebral fractures. J Bone Miner Res 2000;15:1384-92.

 

10. S.L. SILVERMAN, M.E. MINSHALL, W. SHEN, K.D. HARPER, S. XIE on the behalf of the health-related quality of life subgroup of the multiple outcomes of raloxifene evaluation study. The relationship of health-related quality of life to prevalent and incident vertebral fractures in postmenopausal women with osteoporosis. Arthritis & Rheum. 2001;44:2611-9.

 

11. W.H. UTIAN, J.W. JANATA, S. BARBIER, A.S. ROSEN, M.H. MAYER, M.B. TAYLOR. Effect of raloxifene on quality of life: a prospective study using the Utian Quality of Life (UQOL) Scale. Menopause 2004;11:275-80