SCIENCE

 

 

COMPLEX REGIONAL PAIN SYNDROME - CRPS I : CRITÈRES DIAGNOSTIQUES, ÉVALUATION CLINIQUE ET SUIVI THÉRAPEUTIQUE : COMMENT S’INSCRIVENT LES RÉFLEXOTHÉRAPIES MANUELLES DANS CE SCHÉMA ?

 

Helyett WARDAVOIR - kinésithérapeute - Maître assistante HELB-Bruxelles

 

 

Le CRPS I (algodystrophie réflexe) est un syndrome qui peut échapper au diagnostic par la difficulté de sa mise en évidence  précoce; cependant, ce syndrome  potentiellement handicapant  peut affecter profondément la qualité de vie du patient [1,10,17] .

Les symptômes disproportionnés par rapport à la lésion  (traumatique ou non) induisent des altérations dans un territoire dépassant largement celui de l’atteinte initiale.

Les troubles douloureux, vasomoteurs et trophiques sont aggravés par l’exercice physique [17].

Les critères diagnostiques définis par l’IASP semblent suffisamment sensibles et spécifiques pour établir un diagnostic [16].

Certains auteurs pensent qu’il est possible d’améliorer la sensibilité et la spécificité  des critères diagnostiques par la présence d'au moins deux signes objectifs et quatre symptômes [8].

Dans l’ensemble des moyens technologiques, il n’y a pas un examen spécifique qui a lui seul permet d’établir le diagnostic ; cependant, la scintigraphie osseuse est  un examen précieux puisqu’il permet de visualiser l’atteinte osseuse, signe de l’évolution péjorative de la pathologie [11].

Dans ce contexte, l’évaluation systématique des signes et symptômes cliniques est essentielle.

Celle-ci est tout aussi nécessaire en rééducation car elle permet de repérer l’apparition du syndrome en cours de rééducation, d’appliquer une thérapie adéquate, de suivre l’évolution du syndrome s’il est installé.

 

L’évaluation des signes et symptômes peut être réalisée avec des moyens simples et validés.

· la douleur : utilisation de l’EVA  et du Mc Gill Pain Questionnaire ou QDSA [14].

· la raideur : goniométrie.

· les troubles moteurs : testing de la force musculaire, test de coordination motrice, test des réflexes.

· les troubles autonomes : il est primordial de les évaluer car ils sont spécifiques de cette pathologie

   et sont révélateurs du degré de l’atteinte ( phase chaude, phase froide initiale ou non ).

   -  la température cutanée : par thermométrie, thermographie [7,9].

   -  l’œdème : la volumétrie [14]

   -  la coloration de la peau : photographie couleur avec échelle graduée de couleur.

Dans la phase aiguë, tous les signes et symptômes prennent l’apparence d’un phénomène inflammatoire exagéré [6].

L’évolution péjorative au cours du temps ou chez les patients douloureux chroniques ou encore lorsque le syndrome débute par une phase froide [17] fait l’objet de multiples études qui mettent en évidence un trouble de la thermorégulation [12,18] , une participation du système nerveux sympathique et une sensibilisation des mécanismes périphériques et centraux de la nociception [2,4,15,18] ; une inflammation neurogénique est facilitée dans le CRPS [15,19] et l’extension contiguë ou à distance ou encore en image « miroir » dans le CRPS résulte d’une altération dans la régulation de l’inflammation neurogène par les centres neveux supérieurs [13].

Dans les phénomènes douloureux chroniques, la modification des réflexes nocicepteurs et de thermorégulation sont le reflet d’un phénomène de plasticité au sein du système nerveux central. [2, 3].

Ce syndrome intéresse donc les réflexothérapies à plusieurs titres : mécanisme pathogène réflexe,

phénomène douloureux., symptômes vasomoteurs et trophiques signant une participation du système nerveux sympathique

Tant que les signes autonomes sont présents il est impossible de réduire le phénomène douloureux [5].

Une température cutanée plus basse du côté atteint est un signe péjoratif [17].

Ces deux composantes sont bien améliorées par les thérapies réflexes.

Les choix thérapeutiques seront basés sur une somme suffisante et convergente de signes réflexes.

Toute thérapie manipulative locale aggrave les troubles ce qui oblige souvent l’arrêt de la rééducation.

L’utilisation des réflexothérapies manuelles permet une action thérapeutique à distance de la région atteinte. :

· dans les territoires d’innervation correspondant aux centres cérébrospinaux pour le membre atteint.

· dans les territoires d’innervation métamériques correspondant aux centres nerveux autonomes pour le

   membre atteint.

Cette action porte essentiellement sur les troubles douloureux, vasomoteurs et trophiques; la régulation de la température cutanée évaluée par thermométrie ou thermographie en est un exemple.

La normalisation de la température cutanée, des modifications tissulaires et des réactions dermographiques  en complément des autres signes et symptômes permet la reprise de la rééducation dans des conditions stables et confortables pour le patient.

 

 

 

Références bibliographiques :

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5.Birklein F, Riedl B, Griessinger N, Neundörfer B : Complex Regional Pain Syndrome. Clinical and autonomic disorders during acute and chronic illness stages. Nervenarzt 1999. 70/4 : 333-41.

6.Blair SJ, Chinthagada M, Hoppenstehdt D; Kijowski R, Fareed J : Role of neuropeptides in pathogenesis of Reflex Sympathetic Dystrophy. Acta Orthopaedica Belgica.1998 : 64/4: 448-51.

7.Bruelh S, Lubenow TR, Nath Heather, Ivankovich O : Validation of thermography in the diagnosis of Reflex Sympathetic Dystrophy. The Clinical Journal of Pain 1996:12: 316-325.

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9.Gulevich SJ, Conwell TD, Lane J, Lockwood B, Schwettmann RS, Rosenverg N, Goldman LB : Stress Infrared telethermography is useful in the diagnosis of Complex Regional Pain Syndrome, type I (formerly reflex Sympathetic Dystrophy. The Clinical Journal of Pain 1997:13/1: 50-59.

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11. Kozin F, Soin JS, Ryan LM, Carrera GF, Wortmann RL : Bone scintigraphy in the Reflex Sympathetic Dystrophy. Radiology 1981. 138 : 437-43.

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17.Veldman PH, Reynen HM, Amtz IE, Goris RJ : Signs and symptoms of Reflex Sympathetic Dystrophy a prospective study of 829 patients. Lancet  1999 :342 : 1012-1016.

18.Wasner G, Schattschneider J, Hecmann K, Maier C, Baron R : Vascular abnormalities in Reflex Sympathetic Dystrophy (CRPS I) : mechanisms and diagnosis value . Brain 2001 : Mar. 124 (3): 587-99.

19.Weber M, Birklein F, Neundörfer B, Schmelz M : Facilitated neurogenic inflammation in Complex Regional Pain Syndrome. Pain 2001. 91/3: 251-57.