XXIVe Journée scientifique de l’AMISEK du samedi 10 décembre 2005

Chairmans : Dr M. Jeanjot et M. Y. Xhardez - Président d’honneur : Dr M. Clemens

Auditoire de l’Institut Supérieur d’Ergothérapie et de Kinésithérapie (Haute Ecole P.-H. Spaak)

ABSTRACT :

 

 

 

Le conflit achilléo-calcanéen :

une cause souvent méconnue de tendinopathie achilléenne.

 

 

Docteur J.M. ANNAERT

-     Service de Médecine du Sport ULB – Campus du Solboch

-     Société francophone de la Médecine et des Sciences du sport

 

 

La « maladie de Haglund », définie en 1928 et caractérisée par le développement hypertrophique de l’angle supérieur de la tubérosité postérieure du calcaneum entraînant un tableau douloureux du talon, est une entité bien connue.

 

Elle se manifeste par l’irritation mécanique de la bourse pré-achilléenne puis de la portion profonde, « antérieure » des fibres du tendon d’Achille. Dans les formes caractéristiques, la malformation calcanéenne est responsable d’une déformation visible du talon « à l’œil nu » entraînant même, dans certains cas  extrêmes, une irritation cutanée et des bourses rétro-achilléennes sur un contrefort de chaussures un peu rigides.

 

Dans la majorité des cas toutefois, cette pathologie conflictuelle va se révéler de manière beaucoup plus discrète dans ses manifestations « visibles », tout en occasionnant une symptomatologie douloureuse talonnière traînaillante, extrêmement gênante, rebelle à tous les traitements médicaux classiquement successivement envisagés.

 

L’anamnèse révèle en général une apparition des douleurs progressive, insidieuse, sans notion traumatique, mais toujours en rapport avec une hyper-sollicitation mécanique du tendon d’Achille.

 

La course à pied est probablement une des principales étiologies mais l’on rencontre cette pathologie dans quasiment toutes les activités sportives et particulièrement celles nécessitant des positions en flexion dorsale répétée ou soutenue de la cheville, tels le ski alpin, léquitation ou l’escrime.

 

Parfois, un début soudain est décrit par le patient, le plus souvent lors d’un démarrage ou dune prise d’impulsion.

 

Une fois apparue, la douleur deviendra en général systématique lors des sollicitations mécaniques du tendon d’Achille, diminuant parfois au début avec l’échauffement mais, le plus souvent, s’exacerbant au cours de l’activité sportive, la rendant parfois difficile à terminer.

 

Le repos permet en général une diminution de la symptomatologie mais, même prolongé, il ne suffit pas à faire disparaître durablement les douleurs.

 

Le bilan clinique est fréquemment relativement pauvre, révélant une douleur uniquement à la palpation de l’espace pré-achilléen. Les contractions isométriques et les étirations passives ou actives sont le plus souvent indolores.

 

C’est le bilan radiographique qui va permettre de poser le diagnostic démontrant formellement la disparition de lespace habituellement radio-transparent situé entre le rebord calcanéen postérieur et le bord antérieur du tendon d’Achille, pathognomonique de cette affection. Dans certains cas, l’on pourra observer des réactions du calcanéum illustrant la souffrance osseuse en compression, telles des géodes ou une exostose.

 

L’échographie confirme le verdict illustrant la bursite et permettant d’évaluer l’importance de l’atteinte tendineuse.

 

Le traitement conservateur de cette affection est, en général, inefficace. Ni la prise d’anti-inflammatoires, ni les infiltrations cortisoniques de la bourse pré-achilléenne, ni les traitements par semelles orthopédiques ou orthèses fonctionnelles ne viennent à bout de ce phénomène douloureux.

 

Seul le recours à un geste chirurgical, comportant la résection du coin postéro-supérieur du calcanéum est efficace, garantissant systématiquement la guérison. Un peignage du tendon d’Achille doit également être effectué en cas de lésions associées à ce niveau.

 

Les suites postopératoires sont en général simples, ne nécessitant une immobilisation plâtrée de six semaines qu’en cas de peignage.

 

La reprise sportive est totale, sans limitation, entre trois et six mois suivant le geste chirurgical.