XXIVe Journée scientifique de l’AMISEK du samedi 10 décembre 2005

Chairmans : Dr M. Jeanjot et M. Y. Xhardez - Président d’honneur : Dr M. Clemens

Auditoire de l’Institut Supérieur d’Ergothérapie et de Kinésithérapie (Haute Ecole P.-H. Spaak)

ABSTRACT :

 

 

 

 

 Revue des traitements kinésithérapiques effectués dans le cas de tendinopathies d’Achille 

 

 

KINET, Jacques
Licencié en Kinésithérapie

 

 

Le tendon d’Achille est le plus volumineux, le plus puissant de l’organisme ; sa structure spiralée lui permet de subir des forces de tractions de plus de 250 kg ; Recevant une double innervation (n. sciatique poplité interne et n. tibial postérieur) il est par contre très mal vascularisé.

Il en résulte bien souvent une « inflammation » caractérisée par l’adage latin bien connu : tumor, rubor, calor, dolor, et que les scientifiques dénomment « tendinopathies »                  

 

Le terme « tendinopathie » recouvre plusieurs types d’atteintes tendineuses siégeant soit :

-         Au niveau de son insertion sur le calcanéumà enthésopathie.

-         Au niveau du corps du tendon à tendinose.

-         Au niveau des structures annexes comme la gaine tendineuse à péritendinite.

-         Au niveau des bourses séreuses justa-tendineuses à ténosynovite, bursite.

Ces deux dernières catégories sont pour beaucoup d’auteurs les seules véritables lésions inflammatoires.

D’un point de vue thérapeutique, notre comportement de kinésithérapeute sera très important ; Mais avant tout traitement, il est évident qu’il faudra en trouver la cause.

 

Les traitements de la tendinopathie d’Achille – Mise au point.

 

Les choses ont bien évolué au cours de ces dix dernières années ; les traitements souvent empiriques, se sont adaptés et malgré tout, le résultat n’est pas encore garanti.

Que faut-il penser des thérapies communément utilisées ou conseillées ?

 

Le repos :

Sera conseillé sans pour autant préconiser l’arrêt total de l’activité.

Les anti-inflammatoires :

Weiler (1992) [3] montre que les AINS n’apportent que de modestes avantages : parfois la reprise plus rapide de l’activité physique.

Astrom et al. (1992) [4], leur accordent par contre un effet en phase aiguë, mais peu d’effet sur la cicatrisation.

Rodineau (2005) [5] précise par contre « qu’ils ne servent à rien et masquent le véritable problème »

La cortisone :

Malgré sa grande utilisation, elle n’a pas prouvé son efficacité. Bien au contraire elle est aux yeux de certains, tout à fait « toxique » du fait de son rôle catabolisant sur la fibre tendineuse.

Astrom évoque même le risque de rupture du tendon en cas de trop grande utilisation [6].

Les antalgiques :

Beaucoup d’études confirment que si on parvient à atténuer la souffrance dès le début de la pathologie, la reprise de fonction sera plus rapide [5]; Mais attention !! un anti-douleur ne doit pas permettre la poursuite d’une pratique sportive comme « si de rien n’était ».

La physiothérapie :

Trop souvent utilisée de façon empirique, elle est peu à peu abandonnée par le thérapeute spécialisé en pathologie sportive.

Certains préconisent le laser, l’ultrasonothérapie, puisqu’il s’agit de stimuler la circulation dans un tendon en manque de vascularisation. Les effets ne sont pas démontrés.

Les ultrasons sont utilisés principalement pour leur effet défibrosant sur le tendon                               (Middleton – 2000) [7].

L’acupuncture et la mésothérapie :

Ces techniques restent très controversées et, à notre connaissance, aucune étude n’a été publiée.

L’intervention du podothérapeute :

Elle est primordiale, dès qu’il y a trouble de statique de l’arrière pied ; La prescription de talonnettes ou de semelles orthopédiques est justifiée et amène bien souvent une sédation de la douleur.

La cryothérapie :

Pour Rochcongar (2005) [8], la cryothérapie ne présente un intérêt antalgique qu’en phase aiguë d’inflammation.

 

Les dernières thérapies médicales et kinésithérapiques

 

Les ondes de choc extracorporelles ou radiales :

Le principe de base reprend d’une certaine façon celui des massages transverses profonds, mais d’une façon mesurable, reproductible…En fait, il s’agit de « bombarder » une zone anatomique en inflammation à l’aide d’ondes électromagnétiques ou pneumatiques. On provoque donc à l’échelle microscopique des néo-lésions susceptibles de cicatriser dans un deuxième temps [10].

L’utilisation des ondes de choc radiales semble donner des résultats prometteurs, principalement sur les atteintes du corps du tendon (Paclet, Folinais, Saillant et coll – 2001) [11].

Labareyre et Saillant (2002) [12] montrent une amélioration probante et une reprise d’activité sportive plus rapide, après application des ondes de choc radiales.

Le massage transversal profond :

Le MTP selon la méthode Cyriax réalise une friction profonde et perpendiculaire aux fibres, progressivement appliquée au travers de la peau sur un tendon.

Le but recherché est évidemment d’améliorer la vascularisation locale, qui favorise la  cicatrisation tendineuse.

Gehlsen (1999) [13] a démontré les effets bénéfiques du MTP : le taux de fibroblastes dans le tendon après six séances de MTP est plus important qu’après des massages superficiels ou modérés.

La ténofibrolyse diacutanée :

Il s’agit des techniques de « crochetage » bien utiles pour libérer les tensions musculaires, les adhérences intramusculaires, les points de contracture, les zones tissulaires moins mobiles.

Rétablir les plans de glissement, les plans de fonctionnement amène au niveau du tendon, moins de tension, moins de raideur.

Les étirements :

Seront toujours conseillés de façon passive, de préférence avant un après un travail de renforcement musculaire en excentrique.

Le travail excentrique :

Se définit par l’association  d’une contraction musculaire avec un allongement du complexe musculotendineux [14].

Depuis 1986, Stanish [15] préconise  l’utilisation du travail excentrique dans le traitement de tendinopathies d’Achille. L’objectif étant d’améliorer la résistance à l’étirement du complexe musculotendineux et de l’aider à supporter les contraintes imposées par la pratique sportive.

Croisier [16] quantifie en outre le travail excentrique en y ajoutant un dynamomètre isocinétique.

Les résultats de ce type de renforcement sont évidents. Plusieurs études [17] [18] [19] le démontrent avec des résultats très positifs sur les tendinopathies de type « tendinose » plus que sur les tendinopathies de type « antésopathie »

Les injections d’aprotinine :

Selon Aubin, Javaudin et Rochcongar (1997) [8-9] l’aprotinine utilisée localement, neutraliserait les enzymes protéolytiques et conditionnerait le processus de cicatrisation du tendon.

Une cure d’aprotinine nécessite cinq injections péritendineuse de 2ml, chacune espacée d’environ une semaine.

Cependant, ces mêmes auteurs s’accordent à  dire que l’efficacité de l’aprotinine est fonction du type de tendinopathie : meilleure efficacité pour les atteintes du corps du tendon                     (tendinopathie nodulaire); moins bons résultats sur les enthésopathies et sur les bursites.

 

Conclusion

 

Devant une tendinopathie d’Achille nous pourrons dès lors résumer notre intervention en tant que kinésithérapeute du sport, de la façon suivante :

-         Repos « actif »

-         Recherche de la cause de l’inflammation et de la douleur.

-         Tentative de correction.

-         Cryothérapie antalgique.

-         « Vascularisation » du tendon à MTP, Ondes de choc, crochetage aponévrotique.

-         Renforcement musculaire excentrique.

 

Bibliographie:

 

1.                  De Mondenard JP – Les blessures du coureur à pied – 1980.

2.                  Chanussot JC – Danowski RG – Rééducation en traumatologie du Sport – Ed.Masson – 2001

3.                  Weiler JM – The use of nonsteroidal anti-inflammatory drugs in sports soft-tissue injury – Clin. Sports Med – 1992

4.                  Aström M – Westlin N – No effect of piroxicam on Achilles tendinopathy – Acta Orthopedica Scand – 1992

5.                  Rodineau J – Actualités sur la rééducation des tendinopathies – Congrès Sofmer – Annales de réadaptation et de Médecine Physique – Octobre 2005

6.                  Aström M – Partial rupture in chronic Achilles tendinopaty – Acta ortopedica Scand - 1998

7.                  Middleton.P – Traitement médical et rééducation des tendinopathies – Mai 2000 – SportMed, 122, 22-23

8.                  Rochcongar P et coll – Tendinopathie calcanéenne et Sports – Science et Sports – Juillet 2005

9.                  Aubin F – Javaudin L – Rochcongar P – Utilisation de l’aprotinine dans le traitement des tendinopathies d’Achille du sportif – Pharm. Clin. 1997

10.              De La bareyre H – Ondes de choc, une technique d’avenir – 2002

11.              Paclet Jpe et coll. – Les tendinopathies et bursopathies de la région calcanéenne – 2001

12.              De Labareyre H – Saillant G – Traitement des tendinopathies calcanéennes par ondes de choc- 2002

13.              Gehlsen et coll – Fibroblast responses to variation in soft tissue mobilization pressure – Med. Sci. Sports Exerc – 1999

14.              Davies BG – Barnes C – Negative eccentric work – 1972

15.              Stanish WD et al. – Eccentric exercise in chronic tendinis – Clin. Orthop – 1986

16.              Croisier JL et coll – Intérêts des exercices isocinétiques excentriques dans les tendinopathies d’Achille – Progrès en Med. phys. et réadaptation – 1999

17.              Fahlstöm et al. – 2002

18.              Lagerquist – Soderberg – 2003

19.              Alfredson H et al. – Bone mass in the calcaneus after heavy loaded eccentric calf- muscle training in recreational athletes with chronic Achilles tendinosis – 1999