PRATIQUE

 

 

 

BANDES ou BAS ?

une question de savoir.

 

 

Serge THEYS
Clin.
Univ. Godinne, B - 5530 Yvoir

 

 

En vasculaire, l’adage précise qu’un bon bandage ou un bon bas est aussi important que des lunettes chez un myope. En fait, depuis la plus haute antiquité, l’indication d’un support n’a jamais perdu de son actualité. Aujourd’hui encore, leur usage représente la pierre angulaire du traitement de l’insuffisance veineuse chronique, des œdèmes et des soins d’ulcères. Les règles conditionnant leur efficacité sont au nombre de cinq : le savoir, le savoir choisir, le savoir-faire, le faire savoir et le savoir s’abstenir.

SAVOIR

Les objectifs d’un bandage ou d’un bas sont multiples :

-          restituer une certaine continence valvulaire (limiter le reflux sanguin)

-          réduire le calibre des varices (diminuer le volume de stase et accélérer le flux veineux),

-         augmenter le flux lymphatique et

-         élever la pression interstitielle (réduction de l’œdème, préservation de la décongestion)

 

Pour y répondre, il faut savoir répondre à deux problèmes : Quelle est la pression à exercer et quel est le coefficient d’allongement que doit avoir le matériel ?

 

A – Pression à exercer

 

Tekstvak:          T
  P = −
         r

Formule 1

Le dosage de la pression (P) résulte du rapport entre la tension (T) exercée sur le tissu et le rayon de courbure du membre (r)(loi de Laplace)(form.1). Un exemple : avec une tension uniforme sur le pourtour du mollet, la pression peut avoisiner 30 mm Hg sur le relief sural mais 240 mm Hg sur la crête tibiale et 0 mm Hg sur le méplat latéral antéro-interne. Un second élément modifie le dosage : la pression hydrostatique (tabl.1).  En position debout ou assisse, celle-ci est plus élevée à la cheville (± 80 mm Hg) qu’à la cuisse (± 50 mm Hg). De là, la bande ne peut pas réaliser une pression constante sur la hauteur du membre ; sans quoi, il y a un risque d’entraver le retour veineux voire même de réaliser un véritable garrot. Dans la majorité des cas, ce problème est plus théorique que pratique.  Un gradient dégressif de pression est assuré par la morphologie du membre : un cône tronqué dont le rayon de courbure augmente progressivement de bas en haut. Ce gradient dégressif de pression est toujours pris en compte lors de la confection de bas médicaux. La pression, indiquée par le fabriquant, est la valeur maximale qui sera exercée à la cheville. En dehors de ces considérations, le choix de la pression est encore modulé en fonction de la nature de l’affection, de l’importance de l’œdème et de la position comme de l’activité du sujet. A propos de ce dernier point, nous n’insisterons jamais assez sur une activation - modérée en intensité mais régulière - de la pompe musculaire avec insistance sur l’élongation du triceps sural. L’importance de ce mouvement de flexion dorsale de la cheville sur la vidange veino-lymphatique permet de comprendre la recommandation de ne pas marcher avec des hauts talons. Soulignons encore que l’effet bénéfique d’un bandage  ou d’un bas adéquat peut être annihilé si les troubles de la statique ne sont pas corrigés par des semelles orthopédiques.

 

Tekstvak: Tableau 1 : Facteurs de dosage de la pression :

-	tension de serrage
-	rayon de courbure du membre
-	pression hydrostatique
-	activité et position du sujet
-	nature de l’affection
-	nature de l’œdème

 

Dans les insuffisances veineuses, le choix de la pression distingue les syndromes ectasiants (où le dysfonctionnement valvulaire et les varices ne produisent aucun frein circulatoire) des syndromes occlusifs (où le flux veineux est entravé par un obstacle). Dans les cas débutants, les jambes lourdes, les varicosités, une pression légère (<20 mm Hg) suffit généralement. Lorsque des varices sont visibles, le déficit du retour veineux est à compenser par une pression externe de 20-25 mm Hg. Celle-ci peut être légèrement majorée en présence d’incontinence de veines perforantes. Suite à une entrave circulatoire (compression interne par thrombose ou compression externe par néoplasie, par ligature chirurgicale, etc. ), l’hyperpression secondaire dépend du siège et de l’étendue du blocage ainsi que de la qualité du runoff (recanalisation plus ou moins complète et rapide de la thrombose ; fonctionnalité des voies de compensation). D’une manière schématique, si l’ancienneté de l’entrave veineuse est inférieure à 6 mois, une atteinte abdominale recommandera une pression théorique de l’ordre de 50-80 mm Hg, une atteinte crurale 30-60 mm Hg et une atteinte poplitée et/ou jambière 20-30 mm Hg (chaque fois que la pression théorique dépasse les 25 mm Hg, il faut toujours envisager la possibilité de la réduire en remplaçant le matériel par un tissu à fibres moins élastiques -cf. § suivant). Au-delà de 6 mois, les deux premières fourchettes peuvent être, selon la clinique, réduites de près de 30 mm Hg. Néanmoins, chez les sujets sédentaires, la pression théorique est à augmenter de 20-30 mm Hg.  Et si, la personne présente un excédent pondéral, cette valeur peut être majorée de 10-15 mm Hg en décubitus et de 20-25 mm Hg en position assise ou debout. En fait, les cas et leur évolution sont très variables et les adaptations de pression doivent être fréquentes. Une aide peut être obtenue par la détermination du moment où les veines du dos du pied s’aplatissent alors que le sujet est en décubitus et le membre porté au-dessus du plan horizontal. Chaque centimètre de surélévation représente une majoration de la pression externe de 1.3 mm Hg. La transparence des bas permet une seconde observation, plus fonctionnelle : une marche d’au moins 10 mètres doit réduire la turgescence veineuse initiale. A défaut, la pression est probablement insuffisante.

 

En présence d’œdème, la valeur de la pression  peut être plus importante. Mais quelle que soit la pression à exercer, il faut d’abord être rassurant et éteindre certaines appréhensions. L’emploi de pressions appuyées ne pénalise pas un résultat immédiat ou à terme ni un retour à l’emploi ultérieur de pressions douces. Cela peut, par contre, améliorer un résultat non satisfaisant suite à l’application d’une pression douce d’emblée. Une pression importante (par opposition aux manœuvres de tapotements, de palper-rouler ou vibratoires) ne favorise en aucun cas une dégradation. De là, à utiliser des pressions fortes dans tous les lymphœdèmes, il y a de la marge et c’est le dilemme auquel est confronté le kinésithérapeute : comment ne pas priver d’une décongestion efficace les œdèmes qui en ont besoin tout en ne l’imposant pas aux œdèmes pour lesquels elle n’apporte aucun bénéfice supplémentaire ? En d’autres mots, quel critère distinctif utiliser ? Le choix peut se faire sur base de la réversibilité de l’œdème. La pression ne dépassera jamais 20-25 mm Hg tant que le décubitus nocturne permet d’effacer l’œdème pour réapparaître progressivement de la journée en fonction de la position, de la sédentarité, d’un environnement thermique ou d’un effort physique inhabituel (œdème réversible). L’utilisation de pressions plus appuyées est réservée aux œdèmes peu ou pas réversibles. Le confort (gêne, douleur) du patient est ici  maintenu : tel un bouclier, la consistance et le volume fait office de voûte et réduit fortement la transmission de la pression en profondeur. Une précaution majeure : le matériel ne peut s’enfoncer dans les sillons que les bourrelets d’œdème marquent aux plis de flexion articulaire. 

 

B - Type d’allongement du matériel

 

Les bandages et les bas sont confectionnés dans des tissus très variés et avec des coefficients d’élasticité variables. Soit, ils sont inextensibles soit, ils permettent une certaine extensibilité. Lorsque l’allongement est limité (<70%), on parle d’une contention alors que lorsque l’étiration est plus lâche, le mot de compression est utilisé. L’allongement est alors qualifié de court s’il est inférieur à 70%, de moyen pour des valeurs comprises entre 70 et 140% et de long si l’allongement est supérieur à 140% (Gregory, 1982). Alors qu’au repos, une contention exerce sur le membre une très faible pression, elle assure une très nette élévation de la pression à chaque contraction musculaire. Par contre, une compression restitue une pression plus légère et non sujette à d’importantes variations. Notons que la superposition de plusieurs tours de telles bandes élastiques, même peu étirées, réduit l’extensibilité du matériel en renforçant la pression de travail et produit un effet analogue à un bandage inélastique.

En présence de varices, la compression permet de corriger la défaillance de la pompe musculaire (tabl.2). Par contre, elle risque de réaliser un garrot durant le décubitus nocturne. Elle sera donc souvent à enlever au coucher. A l’opposé, ne réalisant aucune pression au repos, la contention est très bien tolérée durant la nuit. Son action est essentiellement liée à la mobilisation du membre : l’association de la contrainte inextensible de la contention avec le gonflement musculaire assure une élévation de la pression (80-100 mm Hg) ce qui potentialise la vidange veineuse, le transport de la lymphe et la décongestion du membre tout en limitant sa réapparition. Très rapidement, la contention «flotte». C’est une preuve de son efficacité. C’est également un signe de ses limites.  Primo, la contention, seule, sans mobilisation, est inopérante. Secundo,  la contention est inapte à accompagner la fonte de l’œdème. Il est alors nécessaire de procéder à un réajustement de la contention. Le renouvellement peut être retardé en procédant à la superposition de bandes à allongements différents. Le premier renouvellement d’un tel montage peut alors être effectué le 5ème jour. Par la suite, les bandes peuvent être laissées en place 8 à 15 jours. La technique «multicouche» donne d’excellents résultats sur les lymphœdèmes et accélère la guérison des ulcères. Il est encore de ces bandages intermédiaires qui, une fois posés, ont une faible distensibilité et pourtant gardent un potentiel de compression important. Ces bandes cohésives font se compléter - et non s’opposer - rigidité (donc soutien et pression de travail) et élasticité (donc réduction du calibre des veines superficielles et de l’œdème ainsi que pression de repos). Ainsi, elles permettent une réduction progressive de l’œdème tout en s’opposant à toute récidive. Ceci recule le moment du «flottage » du matériel et du renouvellement de la pose. Par contre, ce matériel connaît une limite importante : il est à usage unique. Le fait qu’il ne puisse pas être réutilisé en réduit l’indication tant que la décongestion porte sur d’importantes variations volumétriques et que les soins d’ulcères doivent être quotidiens.

 

Bandage

Allongement

Pression

Indication

Contention

court

de travail

œdème (fonte et maintien) troubles trophiques

Compression

moyen

de repos

insuffisance tronculaire

Cohésif

court

de repos et de travail

œdème, varices, troubles trophiques
(si pas de soins quotidiens)

Inamovible

court

de travail

œdème ; troubles trophiques
(si pas de soins quotidiens)

Ouate

court

aucune

comblement, correction géométrie,  amortissement de la P, protection peau (grattage) et saillies osseuses, maintien d’une t° confortable

Tableau 2 : Variété, caractéristiques et indications du matériel

SAVOIR CHOISIR

 

Le plus souvent, le matériel utilisé est de type amovible. Rarement, le matériel est inamovible (bottes d’Unna). Le problème soulevé par le type du support se pose donc par une simple question de choix : bandages ou bas ? La réponse peut être différentiée selon l’absence ou la présence d’un œdème.

 

A - Absence d’oedème

 

Lorsqu’une varice ne peut pas être éliminée, un bas peut être prescrit d’emblée. L’importance de sa compression est appréciée par le médecin. Lorsque la varice a été éliminée, un support par bandes représente parfois le seul adjuvant. Dans la suite, un bas médical est indiqué lors d’une évolution probable du déficit initial, d’un éveinage incomplet ou lors de complications (syndrome post thrombotique, ulcères).

Dans la plupart des cas de phlébopathie chronique, le galbe du membre est relativement conservé. Cela permet la prescription immédiate d’un bas médical semi-standard à enfiler dès le réveil. Néanmoins, pour des raisons pratiques (sudation durant les exercices ou dans les bottes de pressothérapie, emploi de média graisseux lors des massages, …), ces bas sont à remplacer par des bandages élasto-compressifs durant les séances de kinésithérapie.

En ce qui concerne les troubles trophiques et ulcères variqueux, les bandes à allongement court sont utilisées durant la phase de cicatrisation alors que les bandes plus extensibles sont réservées à la phase de consolidation du résultat. Ces dernières sont ensuite remplacées par des bas thérapeutiques durant la phase de maintien.

 

B - Présence d’œdème

 

Face à un œdème encore réversible, il est essentiel de poser le matériel avant le lever matinal. Dans un souci budgétaire, des bandages sont utilisés si le phénomène n’est que temporaire (thrombose veineuse profonde surale, œdème aigu, …); des bas sont mieux appropriés si le problème est chronique. Cette dernière option est souvent choisie dans les phléboedèmes sous-aponévrotiques qui respectent le galbe du membre.

Face à un œdème peu ou pas réversible spontanément (par drainage de décubitus), l’usage de bandages précède toujours l’indication de bas.

 
Bandages 

 

Schématiquement, le choix de la technique oppose le bandage réducteur et le bandage de maintien.

 

·        Bandage réducteur : Afin de réduire l’œdème, le montage fait appel à la superposition de divers textiles. D’abord les zones fragiles (sillons, reliefs osseux ou tendineux, mycoses, etc.) ou déformées sont protégées par un capitonnage de mousse, de polyuréthanes ou d’ouate. Ce matériel est souvent positionné au-dessus d’un bandage tubulaire en coton aéré. Une contention est alors enroulée chez les sujets mobilisant régulièrement le membre oedématié. Une compression est  préférée à la contention lorsque l’activité du membre est réduite. Au-dessus de ce montage, une bande cohésive peut renforcer le travail. Cette couche est réservée aux cas chez qui le matériel peut être laissé en place pour plusieurs jours. Lors d’un isolement thérapeutique (éloignement géographique), de bons résultats sont obtenus par le placement prudent de bandes inamovibles (bottes d’Unna).

 

·        Bandage de maintien:  il succède une séance où la décongestion est recherchée par les autres techniques à disposition. A la fin de la séance, une contention est enroulée à même la peau sans autres couches intermédiaires si le membre est régulièrement mobilisé durant les activités quotidiennes. A défaut (le plus fréquemment), une simple bande élasto-compressible est utilisée. Soulignons qu’une contention peut être maintenue jusqu’à la séance suivante alors que toute compression est à enlever le soir et à replacer dès le lever.

 

 
Bas

 

Dans les cas d’œdème sus-aponévrotique (lymphœdème), un bas n’est jamais à mesurer ou à placer sur un membre qui n’a pas été décongestionné au préalable. Son emploi est réservé à la seule stabilisation de l’acquis. La nécessité de cette «nouvelle» peau élasto-compressive, est soulignée par l’inspection : la décongestion laisse la peau hyperlaxe et fripée. Ils doivent être confectionnés sur mesure et être munis d’un système de maintien non compressif. Suite à une 2de cure, à courte distance de la 1ère (3-4 mois), le membre peut avoir encore gagné du terrain. La couture longitudinale du bas permet une retouche correctrice si le caractère élasto-compressif des fibres  est encore correct. Après un délai de 12 mois, les modifications de la morphologie et l’usure du bas nécessitent un renouvellement sur mesure. 

SAVOIR-FAIRE

 

Matériel :

-          mal ou inutilisé

-          usé

-         inadéquat

-         allergène

 

Tableau 3 : Causes d’échecs des bandes et des bas

 

Au quotidien, les modalités techniques des seules bandes (cf. séance pratique animée par  D Zellner), intéressent la pratique du kinési-thérapeute. Elles sont nombreuses mais, seule l’expérience permettra d’en tirer le meilleur profit. La connaissance des causes d’échec est également fort utile (tabl.3). L’échec est le plus souvent attribuable à quatre causes ! Le matériel est généralement bon mais utilisé à mauvais escient (port nocturne au lieu de diurne) ou non utilisé. Fréquemment, le matériel utilisé est usé ou l’élément élasto-compressif «brûlé». Dans certains cas, le matériel est inadéquat. Enfin, le matériel est parfois allergène.

 

·        L’enroulement commencera depuis la racine des orteils par spirales semi-superposées et en faisant des huit autour des articulations. Afin de lutter au mieux contre l’hyperpression et la stase veino-lymphatique, le bandage a avantage à être réalisé sur une jambe - si pas en déclive - au moins dans le plan phlébostatique passant par l’oreillette droite. Dans cette position, le pied a naturellement tendance à partir en équinisme, les proéminences tendineuses s’effacent. La pose doit donc être réalisée avec le pied à angle droit sur la jambe (fig.1). A défaut, lorsque le pied va reposer par terre, des bourrelets vont se former au coup de pied. De plus, la saillie des tendons va augmenter le diamètre antéro-postérieure de la cheville tout en y réduisant le rayon de courbure (cf. Loi de Laplace – Form.1) ce qui va, également, accentuer dangereusement la pression dans ces zones de contact.

 

Figure 1 :    Au niveau du cou de pied, la          

 pose d’un bandage de compression ou de

contention est réalisée en maintenant la

cheville à angle droit.

 

·        La cheville passée, la pose d’une contention se fera avec une flexion plantaire (fig.2). Ainsi, la dorsi-flexion gardera un potentiel maximum de gonflement du triceps sural afin d’activer la pompe veino-lymphatique. Sur le segment jambier, le recouvrement de chaque spirale doit être constant ou régulièrement élargi (ce qui accentue le gradient dégressif de pression). Tout pli de friction est à éviter : chaque pli triple la pression et augmente le risque de garrot ou de blessures. En fonction de chaque cas, différentes techniques de pose peuvent être utilisées (fig.3). Le bandage circulaire est le plus simple et réalise une montée en «pas de vis ».

 

Figure 2 : Sur le segment jambier, une contention est enroulée avec la cheville en tension

 

·        Néanmoins, un meilleur maintien du matériel est obtenu en faisant se succéder une spirale horizontale à une spirale oblique. Le déroulement de la bande peut encore se faire selon une oblique montante suivie d’une oblique descendante. C’est la classique méthode en spica. Enfin, un montage panaché peut réaliser un mélange des différentes techniques.

 

A

B

C

Figure 3 : les spirales peuvent être obliques (A), horizontales et obliques (B) ou croisées en spica (C).

 

·        Au niveau du genou, le recouvrement se fait en spica. Sans quoi, du fait de l’inélasticité en largeur de la plupart des bandes, chaque flexion du genou fait glisser le matériel qui ne recouvrerait pas cette articulation en diagonale. Cela peut être une source de garrots et de lésions. Ces problèmes ne sont qu’imparfaitement résolus par les bandes à deux axes d’allongement (largeur et longueur).

 

·        La hauteur de recouvrement est déterminée par l’étendue de l’affection ou réduite par la morphologie du membre. Dans certains cas («cellulite», lipohypertrophie secondaire du lymphœdème), afin d’éviter tout glissement des bandes au niveau d’une cuisse en cône tronqué prononcé, l’application est stoppée au-dessous du genou.

 

·        Quelques artifices additionnels permettent de redistribuer les pressions et de réduire le rayon de courbure dans les zones où il est souhaitable d’obtenir une pression plus élevée et de l’augmenter à l’inverse dans les zones où il est souhaitable d’obtenir une diminution de pression. Une correction sera à réaliser en présence de toute anomalie géométrique :

 

-         Irrégularité de la pression suite à la déformation du membre (jambe en bouteille de champagne renversée ou guêtre veineuse, jambe en crosse de hockey ou en poteau, pied volumineux et cheville fine) : La géométrie du membre est à rectifier au préalable par des bandes de mousse ou la simple pose d’ouate. Ce dernier matériel présente plusieurs avantages : absorption de l’exsudat, maintien d’une température confortable (chez l’artériopathe) et protection de la peau (contre les grattages pour prurit) ou les saillies osseuses. Les proéminences osseuses (malléoles, tibia) ou tendineuses sont essentiellement protégées par des renforts latéraux qui élargiront le rayon de courbure.

-         Absence de pression dans le sillon rétro malléolaire, là où se développent nombre d’œdèmes et d’ulcères. La correction est simple et consiste à placer un coussinet de silicone, de mousse, d’ouate, des compresses de gaze, … Ce capitonnage doit être proéminent et présenter une surface légèrement convexe afin de transmettre la pression sur la zone œdémateuse ou ulcérée (cette dernière étant recouverte par une compresse de gaze hydrophile).

 

·        Aucun montage ne peut occasionner de douleurs : toute douleur doit impérativement entraîner le changement de la procédure et la révision des contre-indications.

 

FAIRE SAVOIR

 

Moyennant une implication bilatérale et malgré les difficultés et le temps à consacrer, il n’est jamais inutile d’instruire le patient ou une personne de son entourage de la façon dont un bandage ou un bas peut être appliqué correctement ou corrigé. Afin d’éviter tout découragement et abandon, la technique doit être simple, facile et rapide.

 

Concernant les bandages,  la technique circulaire par semi-superposition des spirales est une méthode de choix. Mais, à cet enseignement, il y a lieu de faire quelques réserves. Dans certains cas, il ne sera pas possible de faire réaliser le bandage par le patient :

 

-         les personnes ne sachant pas (grabataire, coxarthrose, gonarthrose, obésité, etc.) ou mettant très mal  (pose incorrecte, pression insuffisante, non uniforme ni correctement graduée) le matériel

-         les «paresseux»

-         les «bidouilleurs» qui «bricolent» leurs bandages

-         les personnes qui s’empressent d’enlever le matériel sitôt le départ du thérapeute («coquettes», patho-mimies…)

 

Dans ces cas, les matériaux adhésifs ou inamovibles (botte de Unna, bandes cohésives) peuvent rendre d’importants services. Leur pose est réservée exclusivement à un personnel formé et expérimenté.

 

Une fois la décongestion maximale obtenue, les bandes sont remplacées par un bas thérapeutique. Les difficultés d’enfilage peuvent trouver trois solutions. La première consiste à utiliser un enfile-bas en tissu doublé se présentant sous forme de cône vide ou de mitre. L’emploi de ce système «D» est limité aux seuls bas sans pointe de pied. La seconde solution consiste à enfiler le bas à l’envers sur une armature métallique et ensuite, d’introduire le membre comme dans une botte. La troisième est une solution de dernier recours : remplacer le bas à compression élevée par deux de compression inférieure mais dont le cumul permet d’obtenir une pression analogue à celle prescrite.

 

Les bandes ou les bas peuvent parfois glisser et réaliser de très désagréables sillons de striction. Ceux-ci résultent, le plus souvent, d’une pose incorrecte : bandage placé sans réaliser de larges diagonales ou spica au niveau des articulations, bas enfilé avec une traction exagérée. Afin d’éliminer ce désagrément, le bandage est à refaire et le bas à faire glisser vers le bas. Cette dernière correction est facilitée à l’aide de gants en caoutchouc. 

 

SAVOIR S’ABSTENIR

 

La contre-indication majeure est représentée  par la présence d’une artériopathie sévère. Outre le danger de lésions (par plis, par allergie au caoutchouc, par garrot, …), la crainte est de compromettre la nutrition tissulaire déjà précaire.   Avant toute prescription de bandage, il est donc recommandé de s’assurer que le rapport (IP) entre la pression systolique tibiale (Ptib) et humérale (Phum) est supérieur à 0,55 (tabl. 4). Un autre test, plus à la portée du kinésithérapeute de terrain, consiste à s’assurer que la pression systolique à la cheville reste supérieure à 65 mm Hg. Le test consiste à observer la variation de la coloration de la face plantaire lors de la surélévation (30°) du membre au-dessus de l’horizontale : si le pied devient pâle, livide sans avoir recours à un exercice,  l’apport artériel est inadéquat et la pression distale inférieure à 65 mm Hg. 

 

 

 

 

IP= Ptib/Phum

Audition Döppler

Bilan

Bandages

> 1.00

Triphasique

normal

Sans danger

Monophasique

«tuyau de pipe»

Peu de danger

> 0.50

Amplitude systolique

peu diminuée

Lésions significatives

Danger modéré

Amplitude systolique réduite

Lésions sévères

Prudence

< 0.50

Amplitude systolique faible

Lésions critiques

Contrôle du flux sous le bandage

Tableau 4 : Bilan Döppler de base avant de placer un bandage

 

En dehors de ces précautions d’emploi, cette contre-indication peut être relativisée. Ainsi, un bandage peut être posé dans certains cas. Le bandage doit alors faire l’objet d’une pose irréprochable et d’une stricte surveillance dans la mesure où il risque non pas tant d’entraver l’apport sanguin (au contraire, il peut l’augmenter) mais de réaliser des zones de compression et des sillons de strictions, sources de troubles trophiques voire de nécroses par écrasement. La technique multicouche et certaines précautions s’imposent :

 

·        Enveloppement ouaté primaire de la base des orteils à la tête du péroné: Cette couche amortit la pression du bandage, procure une température confortable et est sans danger au niveau de l’extrémité

·        Protection ouatée supplémentaire des saillies tendineuses et osseuses : saillie tendineuse antérieure et postérieure de la cheville, pointes malléolaires, faces latérales du pied.

·        Bande de coton inextensible posée sur la ouate pour contenir la récidive de l’œdème après décongestion obtenue par d’autres techniques

·        Elasto-compression légère : Cette couche réduit le volume de stase lors des longues heures passées jambes pendantes

 

 

Les autres contre-indications principales se résument par la présence d’une infection cutanée microbienne (érésipèle) ou d’une affection bulleuse (brûlure, variole, …). Le bandage risque alors d’exacerber le caractère douloureux. Quelques objections supplémentaires peuvent être formulées à l’encontre du choix d’un matériel inamovible : eczéma, épidermite suintante et surinfectée, troubles trophiques nécessitant des soins quotidiens. Enfin, l’eczéma de contact au caoutchouc peut être éviter en remplaçant les fibres élastiques par du coton ou en interposant du matériel neutre.

 

Références

 

1.      Ferrandez JC, Theys S, Bouchet JY. Rééducation des oedèmes des membres inférieurs. Masson, Paris, 1999. 

2.      Mollard JM, Lance G, Chantereau JP, Davinroy Y : Manuel pratique de contention-compression à l’usage des médecins et des auxiliaires soignants. Rhône-Poulenc Rorer, Oedema éd, Beaufour, 1996.

3.      Theys S : Compression-contention : une question de savoir(s). In : Rééducation en pathologie vasculaire. Ed Seyres, Bordeaux, 2002, suppl. : 1-8.

4.      Theys S, Schoevaerdts JC, Eucher Ph, Buche M, Louagie Y : Les bas élasto-compressifs : pour plus d’efficacité. Ann Kinésithér, 1998, 25, 2 : 55-61.

 

(www.eurokine.be, KINE 2000, 2004, 15, 04/3 : 9p).