PRATIQUE

 

 

Massages, Massages réflexes, Réflexothérapies manuelles

                   

Helyett WARDAVOIR et Prof. Jean Bossy

 

Le massage est probablement l’une des plus vieilles méthodes des soins du corps et des thérapies non-médicamenteuses. Il implique un contact cutané immédiat entre praticien et patient, ce qui ajoute la composante émotionnelle du toucher à l’utilisation d’un instrument inerte.

Sa première utilisation thérapeutique chez l’homme est très probablement d’origine Extrême-Orientale. Toutefois, il faut signaler que ce moyen thérapeutique est décrit chez Hippocrate

(435 av. J.C.) : « L’art de la thérapeutique manuelle est ancien ; je tiens en haute estime ceux qui l’ont découvert, comme ceux qui, de génération en génération, me succèderont et dont les travaux contribueront au développement de l’Art naturel de guérir ».

L’étymologie du terme « massage » évoque d’emblée l’intime participation de la main. Que ce soit un emprunt à l’arabe massa (toucher, palper) [1], ou au grec massein (pétrir,masser) [2], le toucher et le pétrissage ne peuvent s’effectuer qu’avec la main.

L’expérience sensorielle et émotionnelle de la peau est indispensable au développement et à la croissance de l’enfant [3]. Tout au long de la vie, la peau reste le lien le plus fort dans la rencontre et l’échange affectifs de deux êtres, que ce soit par le contact lui-même, par son attente, ou encore par sa préparation, et ceci jusqu’à la fin de la vie. Chez les personnes âgées  ou dans les comas, le maternage reste un des soins qui associe des vertus humaines, affectives et thérapeutiques.

En Extrême-Orient, le massage était aussi une méthode d’hygiène et de prévention : « même si l’on est très occupé, il faut avoir tous les jours un petit massage du cou, du dos, et des membres » (Ishimpo, Tamba Yasuyori, en 982).

Chez les mammifères, le léchage est son équivalent avec sa double finalité hygiénique et thérapeutique.

En Europe, le massage thérapeutique s’est développé aux XVIIIe et XIXe siècles ; il a utilisé la friction, les hachures, le foulage, le pétrissage, etc., mais il demeurait à visée locale. Son utilisation pour obtenir un effet à distance, même si elle existait en Extrême-Orient depuis plus de deux millénaires, ne s‘est développé en Occident que beaucoup plus récemment [4].

C’est à la fin du XIXe et au début du XXe siècle qu’émergent les concepts de zones réflexes cutanées [5] et musculaires [6], de réflexologie [7], et ensuite, de réflexothérapie. La peau et les muscles peuvent alors devenir  une expression de la profondeur et devenir un lieu de thérapeutique à distance, facilement accessible. Les mécanismes d’action de ces méthodes et les résultats d’observations minutieuses et patientes commencent à justifier leur utilisation et leur appellation.

Les thérapies manuelles ont une part importante de leurs effets qui dépassent le cadre local et s’expliquent par des mécanismes réflexes, d’où leur nom de réflexothérapies manuelles.

Ainsi la méthode de Dicke vit le jour en Allemagne en 1929 ; elle intéressa un certain nombre de praticiens dans son pays d’origine ; Hansen et Kohlrausch [8] y reconnurent une réflexothérapie ; et depuis une cinquantaine d’années de nombreux instituts l’utilisent et poursuivent l’étude de leurs mécanismes d’action et de ses limites. M. Mathias Gans a été un promoteur de ces méthodes en Belgique et en France.

« L’esprit de ces techniques fait appel à l’unicité de l’organisme. L’analyse et la dissection, faites pour leur compréhension, ne doivent pas, dans leur application, faire passer le symptôme avant le malade » ; le grand danger de toute thérapeutique  n’est-il pas d’être appliquée sans discernement, voire sans diagnostic préalable et en l’absence d’une parfaite connaissance des fondements médicaux [9] . Les réflexothérapies manuelles peuvent être considérées comme des thérapeutiques au sens vrai du terme ; en effet, elles possèdent toutes un examen visuel et palpatoire approfondis devant s’appuyer sur des bases anatomiques et médicales solides. Devant les résultats que montre la recherche clinique fondée sur une démarche scientifique, il est actuellement insupportable que ces thérapeutiques ne fassent pas l’objet d’une protection.  Il serait opportun de les inscrire définitivement dans l’apanage des thérapeutiques à la disposition des professionnels de santé spécialisés en thérapies manuelles, à savoir, les kinésithérapeutes.

                                        

 

Références bibliographiques

 

  1. Rey A..Grand Robert de la langue française, 6 vol., Paris 2001
  2. Littré E., Robin C. Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, de l’art vétérinaire et des sciences qui s’y rapportent. Bailleux, Paris, 1873.
  3. Montagu A. La peau et le toucher. Seuil, Paris, 1979.
  4. Wardavoir H., Réflexothérapie et kinésithérapie, Ed. Frison-Roche, Paris, 1997.
  5. Head H. On disturbance of sensation with especial references to the pain of visceral disease.  Brain, 1893, 16, 1-133; 1894, 17, 339-380; 1896, 19, 153-276.
  6. Mackenzie J. Les symptômes et leur interprétation. Alcan, Paris, 1920
  7. Bechterew V.M. General principles of human reflexology. Reprint edition, ArnoPress, New-York, 1973.
  8. Kohlrausch, W. Massages des zones réflexes dans la musculature et dans le tissu conjonctif. Masson, Paris, 1972
  9. Labauge R. préface des « Bases neurobiologiques des réflexothérapies » J.Bossy ; Masson, Paris 1975