GROUPEMENT D’ISOCINETISME BELGE ET LUXEMBOURGEOIS.

5e Journée Belge d’Isocinétisme
2 et 3 décembre 2005

Campus ERASME - Bruxelles

 

Isocinétisme et techniques d’évaluation de la fonction musculaire

 

Abstract

 

 

 

INTÉRÊT DE L’EXERCICE EXCENTRIQUE DANS LE TRAITEMENT DE L’ÉPICONDYLITE CHRONIQUE

J.L. Croisier, M. Foidart-Dessalle, J.M. Crielaard, B. Forthomme

Département de Médecine Physique et Kinésithérapie-Réadaptation, CHU Sart Tilman, Université de Liège (Belgique)

 

Les tendinopathies représentent une pathologie de surmenage fréquente, résultant particulièrement de tensions répétitives exercées sur le tissu tendineux au cours de mouvements spécifiques.

 

Les traitements conservateurs classiques (réduction de l’activité ou repos strict, cryo- et ultrasonothérapie, laser, électrothérapie antalgique, massage transverse profond, acupuncture, injection de corticostéroïdes, ...) [1,2] demeurent « passifs » et ne peuvent réellement modifier la structure histologique tendineuse. Cette observation semble contradictoire avec une théorie étiopathogénique : une capacité de résistance tensionnelle réduite exposerait le tendon à des contraintes extérieures provoquant des micro-ruptures fibrillaires. La tendinopathie se développerait en raison d’un déséquilibre entre les sollicitations imposées et la capacité de cicatrisation du tendon. Cette conception justifie une adaptation nécessaire du tissu tendineux, afin de le protéger et de réduire le caractère fréquemment récidivant de la tendinopathie. Les résultats préliminaires de Stanish et al. [3] ont suggéré l’effet bénéfique de protocoles excentriques dans le traitement de la pathologie tendineuse. Cependant, les modalités d’application proposées (simples exercices isotoniques sans contrôle de la vitesse du mouvement ou de l’intensité de la contraction, durée du traitement et fréquence d’application, etc.) ne semblaient pas optimales et n’envisageaient l’exercice qu’au membre inférieur.

 

La littérature ne rapporte pas, à notre connaissance, l’application de programmes excentriques adaptés à la prise en charge de l’épicondylite chronique. Après des essais préliminaires encourageants portant sur différentes localisations de tendinopathies chroniques [4,5], nous avons apprécié spécifiquement l’influence dentraînements isocinétiques excentriques adaptés à l’atteinte épicondylienne (résultats soumis pour publication). L’exercice proposé impose l’allongement répétitif de l’unité musculo-tendineuse, en modulant trois paramètres : la longueur du complexe, la vitesse du mouvement et la charge imposée. Les modalités initiales prévoient une intensité de contraction faible (30 % du maximum), une vitesse angulaire lente, selon une amplitude de mouvement qui intègre progressivement l’allongement musculo-tendineux maximal (piste externe). 92 patients présentant une épicondylite chronique (recul moyen : 8 mois) ont été inclus de façon aléatoire dans un groupe contrôle (GC) ou un groupe entraîné (GE). Le GC a bénéficié d’un traitement rééducatif conventionnel (cryothérapie, courant TENS, ultrasons, MTP, étirements). En plus de ce programme classique, le GE s’est vu appliquer un entraînement isocinétique excentrique des extenseurs du poignet et des supinateurs de l’avant-bras. Chaque patient a bénéficié d’une évaluation des sensations douloureuses subjectives, d’un questionnaire sur la symptomatologie lors du retour aux activités initiales, d’une évaluation isocinétique des performances musculaires et d’un examen échographique. Au terme du traitement, d’une durée de 20 à 30 séances (à raison de 3 par semaine), les sensations douloureuses subjectives apparaissaient préférentiellement réduites dans le GE comparativement au GC (p < 0,001). Les performances musculaires maximales après traitement restaient perturbées (différences bilatérales > 15 %) chez plus de 60 % des sujets du GC et dans seulement 13 % des cas au sein du GE. Lors de la reprise des activités, respectivement 74 % et 35 % du GE et du GC décrivaient une disparition marquée ou complète des symptômes. Les observations échographiques, portant sur l’échogénéicité et l’épaisseur tendineuse (ainsi que la présence de fissurations longitudinales et/ou de calcifications intratendineuses), ont également démontré une évolution nettement plus favorable au sein du GE.

 

Il nous paraît judicieux de préciser que l’efficacité du traitement excentrique repose sur plusieurs facteurs : un diagnostic positif précis, excluant la présence d’autres lésions associées (intra-articulaires, neurologiques, …), la réelle motivation du patient, qui devra bénéficier d’un traitement prolongé, une application postérieure à la phase aiguë initiale : la phase de remodelage, caractérisée par un accroissement des liens de collagène, apparaît plus favorable, la présence de calcifications intra-tendineuses, plus que l’existence de fissurations, complique le pronostic. Cette observation confirme l’intérêt de la technique échographique afin d’orienter le traitement et de situer le stade évolutif de la pathologie.

 

En conclusion, nos résultats démontrent l’intérêt d’appliquer, complémentairement aux techniques classiques, un programme excentrique adapté dans la prise en charge de l’épicondylite chronique. Un traitement excentrique prolongé, comportant une intensification progressive de la charge, de la vitesse et du degré d’allongement, réduit significativement la symptomatologie douloureuse lors de la reprise des activités physiques pré-lésionnelles.

 

Références

Whaley A.L., Baker C.L. Lateral epicondylitis. Clin Sports Med 2004; 23 :677-691.

Ollivierre CO, Nirschl RP. Tennis elbow – current concepts of treatment and rehabilitation. Sports Med 1996; 22:133-9.

Stanish WD, Rubinovich RM, Curwin S. Eccentric exercise in chronic tendonitis. Clin Orthop Rel Res 1986; 208:65-8.

Croisier JL, Forthomme B, Foidart-Dessalle M, Godon B, Crielaard JM. Treatment of recurrent tendinitis by isokinetic eccentric exercises. Isokinetics Exerc Sci 2001 ; 9:133-141.

Croisier JL. Exploration fondamentale et clinique de l’exercice isocinétique excentrique, Thèse dAgrégation de l’Enseignement Supérieur, Faculté de Médecine, Université de Liège, 2002.