XXIVe Journée scientifique de l’AMISEK du samedi 10 décembre 2005
CONTROVERSES EN CHIRURGIE ET REEDUCATION DE LA CHEVILLE

Chairmans : Dr M. Jeanjot et M. Y. Xhardez - Président d’honneur : Dr M. Clemens

Auditoire de l’Institut Supérieur d’Ergothérapie et de Kinésithérapie (Haute Ecole P.-H. Spaak)

 

Intérêts de l’Evaluation et de la Rééducation Isocinétiques des Chevilles.

(Dans le cadre des entorses de chevilles)


Bernard FONTAINE Licencié en Kinésithérapie et réadaptation.

 

Cabinet d’évaluation et de rééducation isocinétiques  C.H.I.R.E.C. site du Parc Léopold (bât.B). 

Rue Froissard n°38, B-1040 Bruxelles.

 

Introduction:

 

• Depuis l’introduction du concept de force isocinétique par « Hislop and Perrine » en 1967, la dynamométrie isocinétique et la quantification de la force musculaire se sont considérablement améliorées ces dernières années.  Malgré une réduction du nombre de constructeurs et un coût d’achat très élevé, les dynamomètres isocinétiques sont toujours considérés sur le plan clinique comme les meilleurs standards pour mesurer la force musculaire.  Dans le cadre de l’évaluation isocinétique des chevilles, de nombreuses études ont montré leurs objectivités, leurs fiabilités et elles ont obtenu des résultats valides.  L’utilisation accrue et sans doute plus fonctionnelle de l’isocinétisme pour l’évaluation de la force dynamique est attribuée à l’adaptation quasi instantanée de la résistance et à la possibilité d’utiliser des vitesses de contractions élevées dans les modes concentrique et excentrique.

 

 

Stabilité dynamique de la cheville et Evaluation des performances musculaires

 

• La mesure du Moment de Force Maximal (MFM) d’un groupe musculaire d’une articulation lésée permet par comparaison avec le côté sain ou avec une population de référence de quantifier un déficit ou un déséquilibre musculaire.   De cette façon de procéder, le thérapeute pourra adapter son programme de rééducation et informer de manière objective son patient quand à l’évolution du traitement.

 

• Le ratio agoniste/antagoniste permet d’évaluer l’équilibre ou le déséquilibre musculaire autour d’une articulation. Mais si ces ratios ont permis de comparer des forces dynamiques entre sujets ou entre patients, les valeurs obtenues du côté lésé comparées à celles du côté sain peuvent être interprétées de façon erronée si par exemple le côté sain présente également un déséquilibre. L’interprétation ne permettrait donc pas de mettre en évidence la prédisposition du patient à se (re)blesser.

 

Les ratios de modes de contractions inverses (E/C ou C/E) peuvent fournir des informations cliniques importantes et spécifiques concernant les chevilles. Et notamment, sur la capacité d’un groupe musculaire à redémarrer un mouvement. En effet,  durant les mouvements normaux, les muscles suivent un cycle d’étirement–raccourcissement pendant lequel une phase d’étirement excentrique de l’unité tendon-muscle est suivie d’une phase de contraction concentrique. L’évaluation isocinétique du MFMexcentrique/MFMconcentrique ou le ratio E/C permet une analyse de la coordination du groupe musculaire et indique comment le système nerveux réagit à l’allongement du muscle à une vitesse maximale. Les lésions ligamentaires de la cheville sont occasionnées lorsque les muscles péroniers sont appelés à se contracter excentriquement en réponse à des mouvements réalisés à hautes vitesses. Cependant, si la capacité de ces muscles éverseurs de la cheville à travailler excentriquement est réduite, le ratio E/C serait directement altéré. L’activité musculaire fonctionnelle autour de la cheville est donc affaiblie sous ses conditions excentriques et de hautes vitesses. Elle peut mener à une instabilité chronique de la cheville.

 

Les ratios de groupes musculaires inverses (EVcon/INVexc ou EVecc/INVcon) sont déterminés pour le retour à la compétition ou pour établir les objectifs de la rééducation. Le ratio traditionnellement utilisé est le ratio EVcon/INVexc pour examiner en chaîne fermée l’action stabilisatrice excentrique des muscles inverseurs. Il apporte aussi des informations sur les déficits d’inversion dans le cadre d’instabilité chronique des chevilles. L’expression inverse, le ratio EVecc/INVcon est sans doute plus fonctionnel. Elle décrit comment les muscles péroniers réagissent pour ralentir le mouvement d’inversion en chaîne ouverte. Enfin, de futures recherches seront nécessaires pour utilisés ses ratios comme facteurs pris en considération pour la reprise du sport.

 

 

Conclusion:

 

• La contribution individuelle directe de chaque muscle aux mouvements de la cheville ne peut être mesurée isocinétiquement, mais la méthode permet malgré tout de déterminer le moment total développé par les différents groupes musculaires qu’ils composent.  La mobilité de la cheville est multiplanaire et s’intègre harmonieusement avec les autres articulations du membre inférieur. Son analyse isocinétique reste la meilleure approche fonctionnelle - « gold standard » pour mettre en évidence les limitations dynamiques individuelles et pour assurer le suivi de sa rééducation.

 

Référence:

 

Factors Contributing to Chronic Ankle Instability: A Strength Perspective.

Thomas W. Kaminsky; Heather D. Hartsell

Journal of Athletic Training 2002;37(4):394-405