KINE 2000 y était

Belgian Pain Society Day du 2 juin 2007 à la K.U.L.

 

 

REPORTAGE D’UNE PETITE RELAXATRICE EN EXPLORATION EMERVEILLEE AU GRAND PAYS DES HYPNOTISEURS…

 

 

Corinne GOFFAUX-DOGNIEZ

Docteur en kinésithérapie

 

 

Installez-vous en transe-position, ce que vous vous apprêtez à lire peut conduire à être plus transe-lucides, et avec les enfants, à être plus transe-parents…

Prêts ?

 

 

Après avoir participé au congrès consacré à la créativité et l’interaction par la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves à Liège les 17, 18 et 19 mai 2007, je trouvais intéressant de vous en faire un article qui comprendra le résumé des exposés et ateliers auxquels j’ai assisté ainsi que, sans doute une réflexion personnelle en rapport avec les  pratiques des sophrologues et relaxateurs qui sont de la même famille. Pour rester fidèle à l’intitulé du congrès, j’ai repris le mot « hypnose » dans mon texte; je pense toutefois que nous pouvons le remplacer par les mots «Etats modifiés de conscience (EMC )»

Ce qui nous permet de rejoindre les propos de ces praticiens dans la réalité de leur pratique et de bénéficier de leur expérience. 

J’en profite pour remercier les organisateurs de ce congrès pour l’intérêt de leur initiative et la qualité de leur gigantesque travail.

 

 

-         La conscience :

 

Principal cible de travail des praticiens d’hypnose comme des relaxo- et sophrothérapeutes, la conscience est la faculté qu’à l’individu de prendre connaissance, à chaque instant, de lui-même et de son environnement. Cette conscience, liée au mode de fonctionnement du cerveau, s’accompagne d’une modification de l’activité neuronale éventuellement enregistrable.

Nous pouvons définir des états de conscience. Ceux-ci sont à bien distinguer du contenu conscient. Le sujet en hypnose ( comme en relaxation ou en sophrologie ) sera en état de somnolence mais gardera une vigilance lui permettant de réagir aux suggestions de son thérapeute. Le matériel travaillé sera subjectif puisqu’il est fait de souvenirs, perceptions, intentions, pensées. Tout le travail consistera donc à être le plus objectif possible ( approche scientifique ou réalité objective ) en travaillant sur un terrain phénoménologique ( donc non objectif ).

 

 

-     L’hypnose :

 

Le travail fait en hypnose est un travail sur l’émotion. Il s’agit d’une reprise en charge de l’émotion liée au symptôme afin de diminuer la charge névrotique et le poids exercé par le symptôme au point de vue de son impact sur la qualité de vie.

L’hypnose est un état de transe, comparable à l’état sophro-liminal de la sophrologie. Cet état de transe, nous rapprochant du sommeil, établit des liens différents de l’état de veille avec l’inconscient et les processus de la mémoire. Il est à mettre en lien aussi avec la suggestion de l’hypnothérapeute dans le cas de l’hétéro-hypnose.

Ce phénomène n’existe pas, bien sûr, en auto-hypnose. Notons que l’hétéro-hypnose donne de meilleurs résultats sur la qualité de la relaxation que l’auto-hypnose. L’intérêt du passage à l’auto-hypnose est le passage à l’autonomie.

Nous pouvons définir l’hypnotisabilité comme un facilité à entrer dans cet état de transe hypnotique. L’hypnotisabilité importante s’accompagne d’une créativité importante et d’une absorption importante. L’absorption est l’implication de toutes les facultés sensorielles dans l’attention. Le sujet hypnotisable a des caractéristiques cérébrales frontales et préfrontales telles que sa liberté de choix face à la suggestion est limitée parce qu’il y répond pour ainsi dire de manière automatique. On pourrait donc trouver à un pôle la liberté créatrice, et à l’autre la dépendance par rapport au thérapeute. On pourrait considérer ces caractéristiques d’hypnotisabilité, de forte absorption, ainsi que celles d’intensité émotionnelle ( catharsis ) lors de certains souvenirs et de réponse automatique à la suggestion comme des preuves d’authenticité scientifique quant à la qualité du travail émotionnel réalisé lors de la séance.

Notons que les croyances d’un sujet donné sur le mode d’expression des émotions au niveau du corps a un lien étroit avec l’expression de ses émotions personnelles au sein du corps. 

 

 

-         Cadre, outils et leviers de l’hypnose :

 

Le cadre thérapeutique sera donc un espace de rencontre où s’exercera la créativité du thérapeute afin de répondre à la demande de son patient. L’hypnose étant avant tout un travail émotionnel, le pont affectif entre le soignant et son patient est un point d’appui fondamental. Ils sont à deux dans une relation hypnotique. Ce pont affectif nous ramènerait à une relation archaïque fusionnelle et intense, privilégiée. La relation première. Les résistances qui y sont liées trouveraient leurs explications dans la peur de la régression, et la peur de la manipulation.

Le thérapeute apprendra à son patient que, dans le cadre thérapeutique ainsi mis en place, sa créativité et son imagination peuvent se déployer sans danger.

Il posera des actes qui échappent à la compréhension de son patient, et dont il ne peut démonter le mécanisme. Implicitement, le thérapeute fait passé à son patient qu’il connaît son problème et peut l’aider à la résoudre en mettant à son service ses compétences et son imaginaire.

C’est le thérapeute qui tient le cadre. Il tient une position haute ( autorité ) sur le cadre.

Il occupera une position basse sur le contenu ( il n’a aucune emprise sur l’application par son patient de ce qu’il lui offre comme outils ).

Un des conférenciers a développé le côté vendetta présent dans la guérison : le patient, en récupérant son énergie émotionnelle liée au symptôme, veut une vengeance. Cette vengeance peut s’adresser à soi-même ( somatisation ), à l’agresseur, se transformer en sublimation, s’adresser à un bouc-émissaire. Ce sont les attitudes 2 et 3 qui seront à rechercher. La vengeance est un levier de guérison.

Les métaphores et allégories seront de bons outils : ils s’adressent directement à l’inconscient. Ils peuvent être inclus à la séance d’hypnose ou se présenter sous forme d’ hypnose conversationnelle.

 

 

-         Mémoires du corps :

 

En évoquant le fait clinique que certains troubles fonctionnels puissent évoluer en maladies psychosomatiques, une conférencière nous a parlé de manœuvres de compressions thoraciques à hauteur du sternum couplées à une séance d’hypnose qui libérerait des contenus mnésiques refoulés. Le patient devrait être accompagné de manière attentive lors de la libération du refoulé qui peut déclenché des expressions émotionnelles intenses.

 

 

-         Applications à différentes pathologies :

 

Le congrès a abordé l’application des EMC à un ensemble de pathologies : douleurs, douleurs chroniques, céphalées, douleurs et phobies, anxiété, éjaculation précoce, intestin irritable, anorexie mentale. L’application de l’hypnose en gynécologie, lors des opérations, dans les soins palliatifs et en fin de vie, lors du sevrage tabagique, mais aussi pour la passation d’examen, lors de situation de trac, pour préparer un événement important, pour les performances sportive ou la créativité artistique.

 

Applications propres aux kinésithérapeutes :

 

-         A l’hôpital : pneumologie, cardiologie, soins palliatifs

-         En cabinet : problèmes de dos, céphalées, périnatal, problèmes d’ATM, fibromyalgie, algoneurodystrophie, stress.

 

 

-         L’hypnose chez l’enfant :

 

Chez l’enfant, le pont affectif utilisé se manifeste comme un triple lien :

-         attachement

-         mimétisme

-         exploration

La voix du thérapeute touche, « masse ».

-         Dans le cas de l’hyperactivité :

 

Le problème est toujours lié à l’attention.

On définit 3 catégories :

1)      – Le problème est constitué à part égale d’hyperactivité et de difficultés d’attention.

2)      – Le problème d’attention est plus important que l’hyperactivité.

3)      – Le problème d’hyperactivité est plus important que le problème d’attention.

Quand le patient arrive à son traitement d’hypnose, on aura éliminé une pathologie cognitive, un retard d’apprentissage et étudié la comorbidité.

Avec les enfants, on choisit une thérapie brève orientée sur la solution.

On utilise le double lien : en faisant un contrat et en l’utilisant.

Ex1 : « tâche : être gentil 8 fois sur 10  ».

Si l’enfant gagne, il reçoit une récompense et le thérapeute perd, il fait une tâche désagréable.

Ensuite, même jeu avec les parents.

Ex2 : « plaisir associé à la réussite ».

Ex3 : prescription paradoxale ou prescriptions du symptôme chez un enfant hyperkinétique : bouger encore plus jusqu’à avoir envie d’arrêter.

L’attention, chez les enfants « lunaires » est un état d’hypnose négatif. Cela prouve que l’enfant est hypnotisable. Cette faculté va donc être mise à profit. L’enfant hypnotisable est sujet plus qu’un autre à des interférences, c’est un facteur important installant l’état d’hypnose négatif et les troubles de l’attention. Nous allons apprendre à l’enfant à connaître son côté hypnotisable et à le prendre en main et non plus le subir.

L’ancrage sera travaillé comme point de départ du travail de la concentration éveillée.

Nous fixerons un point les yeux ouverts avec les mains sur les tempes. Nous stimulerons la vision en tunnel en diminuant la vision périphérique.

Le travail de la métaphore du rapace sera utile afin d’être mobile au niveau de l’attention.

« Fixons notre attention sur le rapace, ses déplacements, il avance, recule, fond sur sa proie… ». Cette métaphore offre des ressources riches : si l’enfant a du mal à fixer son attention en classe, c’est surtout la cible qui doit être visualisée dans un premier temps. La mobilité de l’attention sera à acquérir ensuite.

Il est intéressant avec l’enfant de l’aider à reconnaître son état émotionnel et à comprendre qu’il peut intervenir sur son attention.

L’électromyofeedback sera un allié très positif aux séances d’hypnose. 

 

Dans le cas l’approche systémique de l’enfant hyperactif, il faut citer les jeux vidéo comme phénomène de société. Ceux-ci créent un décalage avec la réalité et un besoin d’action. Le mode de vie actuel crée chez de nombreux enfants un manque de sommeil.

 

Un exercice pratique pour l’enfant hyperkinétique  sera abordée dans une séance corporelle de conscience corporelle où l’on apprend à marcher dans la vase avec bonheur…commençons par marcher vite… comme d’habitude… puis ralentissons parce que nous sommes dans la vase…nous avons des racines, comme les arbres…sortons de la dissociation, rentrons dans la réalité corporelle, concrète, physique, interactive…et non plus hyperactive…Cette conception nous unit à la vie et ses différents aspects ici et maintenant.

 

-         Dans le cas de l’enfant anxieux :

 

« L’épouvantard »

Un des conférenciers travaillait en collaboration avec…Harry Potter !

Il s’agissait de s’arranger pour transformer ce qui fait peur à l’enfant en quelque chose qui fait rire : on n’en a plus peur puisque cela fait rire.

On demande à l’enfant de décrire ce qui lui fait peur.

Ensuite, « Que faudrait-il pour que cela te fasse rire … ? »

Si l’enfant dit « Je ne sais pas » : Imagine que tu sais, qu’est-ce que tu dirais ?

Prenons le temps de faire la transformation, la caricature.

A ce moment, comme Harry, l’enfant brandit sa baguette magique et dit : «  Ridiculus ! ». Le tout est travaillé en relaxation. La baguette magique et la formule « Ridiculus » peuvent servir d’ancrage.

 

Autre type de travail intéressant à faire avec les enfants anxieux :

«  Le travail du lieu calme  »

Il s’agit d’une place sûre : un château, un dortoir, avec un mot de passe, une cape d’invisibilité, un magicobus.

 

Dis-moi…est-ce qu’il y a quelque chose que tu aurais besoin de me dire ?....

 

Réfléchis bien….

-         Cas particulier des abus sexuels :

 

L’abus sexuel, la honte qu’il entraîne, le silence imposé par l’agresseur souvent accompagné de menaces, et de propos tenus par l’agresseur qui déforment la vérité, induisent une dissociation d’autant plus facile à obtenir que l’on a à faire à une personnalité hypnotisable. Ce type de traumatisme sera donc accompagné de troubles psychosomatiques et d’angoisses durables, ainsi que de grandes difficultés à aborder la verbalisation du symptôme, donc de conscientiser le traumatisme et de guérir.

La dissociation est un mécanisme adaptatif qui permet la survie psychique et sociale, donc la survie. L’expression par le corps peut être un exutoire permettant d’évacuer les aspects du traumatisme les plus dangereux au sens de la santé et de ménager un fonctionnement normal au sens que le moi considère comme prioritaire.

Le travail de guérison sera d’abord une conscientisation du symptôme, ensuite une « réparation » du dommage causal pour en guérir les effets secondaires.

 

 

-         Cas particulier des acouphènes :

 

Ce conférencier nous définit les acouphènes comme une déconnexion entre les cellules cilliées de la cochlée et les nerfs correspondants. A part ce défaut de connexion, le reste du schéma neuro-physiologique est anatomiquement intact. Le cerveau produit donc un bruit blanc par un processus comparable à celui du membre fantôme.

Ce bruit augmente en cas de stress. La détente en diminue l’intensité. Il peut créer des problèmes d’endormissement.

 

-Avant l’envoi en hypnose, le patient est vu par un ORL

-Les médicaments classiques pour les acouphènes sont :

Rivotril

Anti-hypertenseur

Médicament pour aider l’endormissement

-         En EMC, le travail sera :

 

1. réinterprétation par réification

C'est-à-dire que nous demanderons au patient de réinterpréter son symptôme d’une manière positive.

Exemples :

- Ce bruit, c’est le mistral, les cigales, la Provence…les vagues sur la plage…

- L’acouphène signifie que le doigt de Dieu m’a touché.

- Quel appareil positif pourrait fabriquer de bruit ?

 

Faisant partie du problème de ces patients, citons une focalisation sur le problème : à chaque instant, on peut traiter 7 informations. Chez ces patients, une sur 7 est constamment monopolisée par les acouphènes. Cette focalisation n’est pas seulement psychologique, elle est également physiologique : elle augmente l’intensité des acouphènes.

 

2. oubli

 

et

 

3. dilution

seront également utilisés lors des séances d’EMC.

 

En pratique, 5 séances de 45 minutes seront proposée pour gérer les acouphènes à 1 ou 2 semaines d’intervalle.

Le conférencier propose de les enregistrer sur MP3 si le patient en a besoin.

 

 

-         Réflexions et questionnements:

 

Les aspects sociaux de notre époque ont été abordés lors du congrès  puisque directement liés aux pratiques des EMC, aux problèmes que les thérapeutes qui utilisent ces techniques sont amenés à traiter et aux personnes (thérapeute et patient) en présence.

Le thérapeute du XXIe siècle s’avère bien nu, sans les grandes écoles psychologiques des XIXe  et XXe siècle et avec un support social d’ordre spirituel qui fait de moins en moins l’unanimité dans le mélange culturel que nous connaissons actuellement. Il peut apprendre à son patient l’art de « l’impro », la créativité comme réponse à la souffrance existentielle, l’apprentissage d’une manière «  légère » d’aborder la vie.

Un voyage en ballon…comme nous le conte cet autre conférencier qui a utilisé sa montgolfière pour survoler le monde et voir la vie autrement, sous un autre angle, en prenant de la hauteur…métaphore thérapeutique pour lui-même, pour ses patients et ses projets personnels…

Cultivons l’art du doute créateur et non source d’angoisse déstabilisante : le doute est un moment qui permet l’évolution et la prépare. La spiritualité, devient, débarrassée de la lourdeur de ses dogmes, une conscience de chaque geste quotidien afin d’y insuffler l’Esprit…ce qui met tout le monde d’accord…sans doute.

Conscience du corps en vie, habité d’incertitude…laisser tomber toute l’angoisse inutile qui l’habite…et ainsi faire nos choix, voilà quelle serait la façon nouvelle d’entrer dans la réalité…

 

Merci pour l’air léger transmis par ce type de vécu, pour l’envol ressenti dans le cœur à leur écoute …il y a le vertige, sans doute de savoir qu’au fond, on n’est pas un oiseau : la thérapie brève, parfois nécessaire, parfois demandée par la vie actuelle, doit relever le défi, pour ne pas  devenir un leurre, de faire la différence entre le réel et le virtuel à une époque où cette différence a cessé d’être claire pour beaucoup de gens. Beaucoup de conférenciers ont donné des outils concrets intéressants afin de travailler vite et bien sur ce terrain et associant des procédés créatifs, subjectifs, métaphoriques…et une rigueur scientifique.

Bien sûr, la culture et l’histoire, celles des peuples, des régions, des familles, des personnes font partie de la vie des gens. Le fil terrestre qui nous y relie est aussi un contenant à prendre en compte. Le travail à plus long terme, même s’il n’est plus trop à la mode est parfois demandé et nécessaire.

 

Quelle jolie Meuse coulant par la fenêtre à Liège durant le congrès…qu’est-ce qu’elle charrie ?

 

Puisse-t-elle emporter vers leur réalisation les souhaits de chacun des thérapeutes en EMC présents et de vous-même qui lisez cet article, de transe-mettre valablement ce qu’ils auront appris et d’aider les gens qui leur sont confiés dans leur transe-formation intérieure.