REINTEGRATION D’UNE REEDUCATION ABDOMINALE EN REEDUCATION PERINEOLOGIQUE : LE CONCEPT URO-MG®

 

Luc Guillarme 

Kinésithérapeute - Diplômé d’Université en uro-gynéco-andro-proctologie

Certifié universitaire en rééducation respiratoire et cardio-vasculaire

Enseignant à l’IFMK de Dijon – Chargé de cours et de formations universitaires

Formateur (n° 26 71 11 395 71)

 

 

Très justement écartée, dès 1980, de la rééducation abdomino-périnéale dans les différents traitements intéressant la sphère uro-génito-anale, la rééducation dite « classique » ou « traditionnelle » tarde à être remplacée !

 

Il est vrai que les spécialistes et formateurs en uro-gynécologie ont tellement voulu dégager une technique spécifiquement périnéale qu’ils ont malheureusement occulté la véritable place de la sangle abdominale.

 

 « Il n’y a pas de hasard anatomique… » et nos grands Maîtres en Anatomie servent de référence à nos orientations thérapeutiques car leurs écrits, même très anciens, restent « la » référence.

 

C’est la raison pour laquelle, indépendamment du fait qu’il faille évaluer les traitements que nous proposons, effectuer les études randomisées, comparatives, en double aveugle…afin de cautionner leur validité, le choix de l’orientation  thérapeutique doit obligatoirement respecter l’anatomie fonctionnelle servant de base à nos réflexions.

 

La rééducation dite classique 

 

Dénommée assez familièrement « abdos » cette rééducation où plutôt cette gymnastique inspirée de pratique datant du début du siècle et effectuée à visée morphologique, consiste à effectuer des mouvements du bassin ou/et des membres inférieurs par rapport au thorax ou à l’inverse des mouvements du thorax par rapport aux membres inférieurs.

 

Non seulement ces mouvements sont créateurs de pressions excessives sollicitant toutes les zones faibles de l’enceinte abdomino-pelvienne, mais surtout ils ne correspondent pas à une activité des muscles abdominaux mais à celle des muscles psoas iliaques, les abdominaux ne se contractant que pour conserver l’intégrité viscérale dans l’enceinte.

 

Il est donc logique de ne pas effectuer cette pratique et de la déconseiller à nos patientes et patients, même sans pathologie déclarée.

 

La période d’abstinence abdominale 

 

Ce sont les travaux de BOURCIER en 1980 qui ont orienté la rééducation abdomino-périnéale vers une rééducation spécifiquement périnéale puis plus récemment vers une rééducation périnéologique, donnant « un peu d’air » à ces pratiques exclusivement périnéales.

 

Les réflexions qui ont conduit à la recherche de la non participation de la sangle abdominale en rééducation uro-génitale partent d’une mauvaise interprétation de la physiologie abdominale, considérant à partir de la théorie de PASCAL, que les pressions créées par les contractions abdominales étaient nocives pour le périnée. Il s’avère que PASCAL a très justement décrit un concept en rapport avec des lois pressionnelles dans une enceinte indéformable, rigide, incompressible. Sa loi physique n’intervient donc pas chez l’Homme dont l’enceinte abdominale est flexible, mobilisable et compressible.

 

Donc, veiller sur un écran d’appareil « biofeedback » à ce qu’il n’apparaisse aucune contraction abdominale au cours d’une contraction périnéale, est une erreur fondamentale.

La sangle abdominale participe d’une manière prépondérante au bon synchronisme abdomino-périnéal et il faut surtout veiller au cours de nos rééducations à ce que l’abdomen participe aux efforts mais en protégeant le périnée.

 

Les techniques issues du yoga

 

D’une manière schématique, on peut considérer que certaines techniques proposées actuellement partent du même principe qui est de tenter de recadrer une rééducation abdominale sans prononcer le mot « abdominal » par crainte de se retrouver dans les décennies de la crainte des abdos en rééducation périnéale.

 

Les techniques dites hypopressives s’appuient sur la recherche d’une baisse de pression dans l’abdomen ce qui est absolument non physiologique : ce n’est pas l’augmentation de la pression qui est en cause dans les dysfonctionnements pelvi-périnéaux mais la mauvaise orientation et la mauvaise gestion de ces pressions. Rechercher et pratiquer une gymnastique paradoxale, c’est accentuer l’inversion de commande « abdominale ».

 

Les techniques visant à privilégier le travail des muscles transverses au détriment des muscles droits et obliques de l’abdomen répondent également à l’augmentation du paradoxe abdominal, du paradoxe respiratoire, donc de l’asynchronisme abdomino-périnéal.

Lors de l’expiration active, sous le couvert de la contraction des muscles formant l’entité abdominale, on assiste à la contraction en premier lieu de muscles droits de l’abdomen (assurant l’abaissement du sternum et des cartilages costaux 5, 6 et 7), puis des muscles obliques externes (assurant l’enfoncement des côtes 5, 6, 7, 8, 9, 10,11 et 12), puis des muscles obliques internes (assurant l’enroulement des côtes 10 ,11 et 12 en fin d’expiration) assistés enfin par les muscles transverses (assurant par la multitude de leurs insertions costales, sternales, vertébrales, iliaques…l’augmentation de la pression dirigée par le groupe des trois muscles précités. Cette augmentation du flux expiratoire résultant de la pression abdominale exprime le souffle.

 

Commencer par la contraction de la partie basse des muscles transverses, verrouiller le périnée, occulter la participation des muscles droits, véritables dynamiseurs et starters du souffle, représentent une véritable hérésie thérapeutique en contradiction totale avec la physiologie humaine.

 

Le concept URO-MG®

 

Dès 1973 et au départ intuitive, la méthode s’est appuyée sur le respect de la physiologie humaine définissant que la sangle abdominale était le moteur du corps humain et qu’elle était à l’origine du premier cri à la naissance jusqu’à la réalisation du dernier souffle.

 

Son potentiel énergétique lui permet non seulement de pouvoir augmenter les pressions dans l’enceinte abdomino-pelvienne mais surtout de pouvoir les diriger et gérer leur intensité en fonction de l’objectif fonctionnel (siffler, tousser, éternuer, se moucher, porter, expulser …).

 

Dans cet aspect de transmetteur de pression la sangle abdominale garantit l’efficacité de son action énergétique et protectrice. Et pour exemple, lorsque la patiente effectue une toux dans l’objectif de se désencombrer, la contraction abdominale génère une poussée viscérale dirigée vers les voies aériennes, les viscères refoulés vers le haut représentant le piston chargé de dégager fortement l’air pulmonaire vers l’extérieur via la trachée, le pharynx, le larynx, la bouche puis les lèvres…Cette poussée bien dirigée garantit la protection des zones faibles lombo-abdomino-pelviennes et en particulier de la sphère uro-génito-anale.

 

La vocation expiratoire active de la sangle abdominale lui confère son statut de protecteur de l’intégrité humaine au cours de tous les efforts et permet d’associer la rééducation abdominale à la rééducation respiratoire et la rééducation respiratoire à la rééducation abdominale.

 

Le concept URO-MG® est une évolution de la rééducation validée en rééducation respiratoire et intitulée « Augmentation du Flux Expiratoire » puisqu’elle apporte, grâce à une double instrumentation, l’assurance de la bonne transmission des pressions viscéro-expiratoires.

 

Le premier instrument médical garantissant la non participation des muscles antagonistes (diaphragme et tous les muscles inspirateurs accessoires) s’appelle embout son et ses paramètres physiques ont été définis mathématiquement et physiquement pour garantir un souffle actif, sans résistance et surveillé proprioceptivement par le son issu du souffle.

 

Le second instrument est un stimulateur abdominal spécifique qui se déclenche par le son du souffle et qui permet de corréler la contraction abdominale et la bonne transmission des pressions pendant ce même souffle.

 

Cinq objectifs sont recherchés dans  cette rééducation bien définie et rigoureuse dans sa pratique et dans son protocole :

 

o   Supprimer au maximum les résistances et contraintes lors du souffle (embout son)

o   Dynamiser proprioceptivement l’abdomen (stimulateur URO-MG)

o   Intégrer les bons réflexes abdomino-expirateurs lors des efforts quotidiens

o   Dynamiser propioceptivement le périnée en associant contraction abdominale, contraction périnéale (avec sonde ou électrodes périnéales) et souffle régulé dans l’embout son.

o   Intégrer les bons réflexes abdomino-sphinctéro-lévatoriens et le souffle au cours des efforts quotidiens.

 

 

Conclusion

 

Respecter l’anatomie fonctionnelle pour faire évoluer la rééducation périnéologique semble être la proposition la plus louable des professionnels en charge de ce traitement rééducatif.

 

La rééducation abdominale fondée sur le souffle régulé et assistée par une stimulation proprioceptive répond totalement à cet objectif de remise en cause, de reconnaissance de la valeur des abdominaux en tant que muscles protecteurs et non pas dévastateurs quand ils fonctionnent correctement.

 

Reconsidérer le testing clinique abdominal en fixant des paramètres d’évaluation qui correspondent à une relation de muscles avec une enceinte et non pas uniquement avec des structures osseuses, correspond également à une nécessité si on veut progresser ou accepter de progresser.

 

Réintégrer la musculature abdominale en périnéologie, c’est reconnaître que la musculature abdominale est la plus grande du corps en superficie et la plus diversifiée en compétence fonctionnelle.

 

« Déverrouiller » le périnée en intégrant l’abdomen et le souffle dans nos rééducations et nos efforts, c’est nous libérer des limites des rééducations dites spécifiques ; c’est assurer la pérennité de nos résultats en périnéologie à moyen et long terme.

 

      

 

 

     

 

Bibliographie :

« Rééducation thoraco-abdomino-pelvienne par le concept ABDO-MG® -La renaissance abdominale par le souffle », Editions FRISON-ROCHE, Paris, 2004.