SCIENCE 2009

 

CÉPHALÉES DE L’ENFANT ET DE L’ADOLESCENT

 

 

C. Goffaux-Dogniez
Docteur en kinésithérapie

 

 

Les céphalées de l’enfant sont fréquentes, mais, comme tout ce qui est douleur chez l’enfant, ont tendance à être banalisées et sous-estimées.

Pour cette raison, il est difficile de donner un chiffre objectif, mais on peut retenir la prévalence ( pourcentage au sein de la population ) de 5 à 10% pour la migraine de l’enfant pour 10 à 15% de prévalence chez l’adulte.

Chez l’enfant, la migraine survient vers l’âge de 6 à 7 ans.

Le pronostic est très favorable : plus de 60% de ces patients ne présentent plus de migraine à l’âge adulte.

Après l’âge de 12 ans, chez les filles comme les garçons, les crises disparaissent ou, au contraire, deviennent plus longues, plus fréquentes et plus intenses, elles s’unilatéralisent plus clairement et sont ainsi davantage assimilables à de « vraies migraines » ( c’est-à-dire celles de l’adulte ). Chez la petite jeune fille, c’est vers cet âge que des variations hormonales peuvent s’ajouter comme facteurs déclencheurs des migraines. C’est à partir de ce moment aussi que l’on peut prescrire des traitements de fond pour les migraines, comme on fait pour l’adulte.

 

Le tableau clinique de la douleur migraineuse de l’enfant est fort semblable à celui de l’adulte :

-   Douleur intense.

-   Phonophobie.

-   Photophobie.

-   Nausée, voire vomissements.

-   Migraine précédée, comme chez l’adulte dans 30 à 40% des cas d’un aura.

 

Mais l’enfant migraineux y répond comme un enfant :

-   Pleurs.

-   Douleurs abdominales associées ( migraine abdominale ).

-   Vertige.

-   Sommeil réparateur spontané.

 

Rappelons les critères de l’IHS ( International Headache Society ) pour définir la migraine et les céphalées de tension.( Ces critères sont valables tant pour l’enfant que pour l’adulte, sauf que selon une étude de l’Hôpital des enfants de Cincinnati ( Ohio ),la durée des crises est moins importante chez l’enfant : 3 heures en moyenne pour 12 heures en moyenne chez l’adulte ) :

 

-   Migraine :

- Au moins 5 « vraies » crises.

- Durant 7 à 48 heures.

- Ayant au moins 2 des caractéristiques suivantes : unilatérale, pulsatile, intensité moyenne à sévère, aggravée par l’activité physique.

- Durant la céphalée, nausée ou vomissement, photophobie ou phonophobie.

- Exclusion par anamnèse ou examens d’autres causes de céphalées.

 

-   Céphalées de tension :

- Au moins 10 « vrais » épisodes.

- Durant 30 minutes à 7 jours.

- Ayant au moins 2 des caractéristiques suivantes : bilatérale, non pulsatile, intensité légère à moyenne, pas aggravée par l’activité physique.

- Exclusion par anamnèse ou examens d’autres causes de céphalées.

 

Les céphalées de tension sont plus fréquentes chez l’adulte que chez l’enfant.

Elles sont moins intenses que la migraine, surviennent suite à un excès de tensions, de stress physiques ou psychiques, en fin de journée par exemple.

Elles peuvent être associées à de véritables migraines ( migraines accompagnées ).

  

Une fois définis ces 2 grands types de céphalées, l’IHS en cite encore un grand nombre

( sous-groupes ). Nous pouvons retenir les céphalées essentielles bénignes chronifiées dont le facteur déclencheur principal est le stress, appartenant au groupe des céphalées de tension.

Cette céphalée est causée par des problèmes relationnels, voire dépressifs et donne fréquemment lieu à des abus d’antalgiques.

Depuis quelques années, on la décrit également chez l’adolescent, elle est exceptionnelle chez l’enfant.

 

- Facteurs déclencheurs 

 

 La migraine vraie est une maladie neurologique génétique, mais des éléments déclencheurs peuvent interférer de manière plus ou moins importante sur les crises.

Chez le jeune, ces déclencheurs sont les suivants :

-   La pression scolaire.

-   Le jeûne.

-   La forte lumière.

-   Le bruit.

-   Les températures extrêmes ( chaud ou froid ).

-   Les fortes émotions.

-   Les contrariétés.

-   Le sport intense.

-   Les petits traumatismes du cours de gym ( poirier, culbute...).

-   Le manque de sommeil ou l’excès de sommeil du week-end.

-   Plus rarement les aliments.

 

- Les équivalents migraineux 

 

L’IHS considère que chez l’enfant, certains syndromes récurrents sont précurseurs ou assimilables à des crises migraineuses :

   -     Le torticolis paroxystique bénin.    

-   Le vertige paroxystique bénin.

-   Les vomissements massifs.

-   Les migraines abdominales.

 

RQs :

- Il peut y avoir passage d’un de ces syndromes à un autre ou association de plusieurs syndromes ( comme chez l’adulte ).

- L’hémiplégie alternante de l’enfance, constatée vers l’âge de 18 mois est aussi dans la  catégorie des précurseurs migraineux, mais est plus grave parce qu’elle s’accompagne d’autres pathologies neurologiques invalidantes et à ce titre doit être classée à part.

 

 

- Diagnostic différentiel 

 

La crise brutale de migraine peut être confondue avec une crise d’épilepsie.

Certaines crises sont spectaculaires et accompagnées de parésie, voire d’hémiplégie, de confusion, d’apraxie. Elles feront l’objet d’examens approfondis pour orienter correctement le petit patient.

De toute manière, un RMN ou CT-SCAN systématique est effectué chez l’enfant de moins de 6 ans avec céphalées. Ces examens sont souvent négatifs si l’examen clinique est négatif, mais peuvent mettre en évidence des petites anomalies morphologiques neurologiques au niveau de l’arachnoïde, des sinus, des vaisseaux.

Si c’est le cas, ces découvertes ne semblent pas avoir de liens cliniques clairs avec les céphalées et ne justifient pas d’intervention médicale ou chirurgicale particulière ( 3 ).

Néanmoins, certains chercheurs continuent à regarder de près les clichés d’imagerie médicale des petits migraineux dans l’espoir de faire des liens entre les constatations de l’imagerie et la clinique des céphalées et des migraines, au moins pour des cas atypiques. Ils espèrent que cela permettrait de préciser une évaluation evidence-based et d’avoir une meilleure compréhension de cette maladie ainsi que d’éventuelles perspectives thérapeutiques nouvelles.

Le diagnostic des céphalées de l’enfant est donc actuellement essentiellement clinique.

Par ailleurs les signes oculaires, digestifs ou vestibulaires associés aux migraines peuvent égarer vers d’autres spécialités médicales ( ophtalmologue, gastrologue, ORL ).

En pareil cas, il faut revenir à la compréhension neurologique et à sa gestion par le généraliste ou le neuropédiatre.

 

- Place de la kinésithérapie et de la relaxation dans ce type de problème de céphalées chez l’enfant et l’adolescent 

 

Une fois tout problème de céphalée secondaire écarté, on peut donner une certaine place à la kinésithérapie dans le cas de la céphalée primaire de l’enfant et de l’adolescent.

On peut penser, comme chez l’adulte, voir les céphalées de tension et « migraines » comme l’expression du dépassement d’un seuil neurologique au-delà duquel survient un signal de détresse : la douleur. Celle-ci étant l’expression d’un conflit ou d’une sur-stimulation, le signal douloureux donne une possibilité de réagir pour rétablir l’équilibre menacé. La réponse spontanée de l’enfant à la migraine ( à savoir : tomber endormi ) va d’ailleurs tout à fait dans le sens de cette explication.

La réponse « kiné » sous forme d’un retour au corps par le biais d’une approche douce

( massage, relaxation, sophrologie, … ) est une mise à l’écoute du corps et une mise au repos neurologique. Elle a du sens pour l’enfant, et aussi pour son entourage.

Cela répond au problème de manière directe mais aussi, si la douleur est récidivante, cela permet d’éviter la peur de la douleur qui peut être un important facteur aggravant

( physiquement et psychologiquement ). Cette peur est associée au sentiment qu’une douleur importante peut survenir à n’importe quel moment et que l’on ne peut pas avoir d’emprise sur ce phénomène, qu’elle va affecter le comportement et aura ainsi des conséquences négatives à moyen terme. A l’inverse, le traitement peut aider à une reprise en mains de ce problème : sentir que l’on a une action sur lui, avec le soulagement psychologique qui accompagne. 

Une étude d’évaluation de la réponse à la douleur ( en général ) en service de pédiatrie hospitalière (enfants de 0 à 2 ans ) montre un manque d’évaluation de la douleur, et une retenue à intervenir de manière médicamenteuse ( autrement que par une médication anti-douleur de palier 1, c’est-à-dire paracétamol et anti-inflammatoires non-stéroïdiens ) en cas de forte douleur tant chez le médecin prescripteur que chez l’infirmière ( 7 ).

Le traitement médicamenteux des céphalées de l’enfant, ( comme tout ce qui est douleur de l’enfant (1-2-4-6 )) est essentiellement fait de paracétamol ( et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens).

La place de la kinésithérapie de relaxation en tant qu’alternative aux médicaments est surtout à rechercher chez les personnes ( de tous âges ) qui s’opposent aux médicaments, ou ont des raisons médicales qui restreint leur usage, ou lorsque ceux-ci ne se montrent pas efficaces, ou lorsqu’il y a abus de consommation ( 5 ).

L’étude précitée montre que, en cas de douleur récurrente liée aux céphalées avec grand inconfort ( diminution de la qualité de vie ), la kinésithérapie ( réponse non-médicamenteuse à la douleur ) est particulièrement opportune chez le jeune, puisque le recours au médicament est généralement unanimement limité et la douleur sous-estimée et banalisée.

 

- Bibliographie

 

(1)-Anderson BJ.:” What We don’t Know about Paracetamol in Children”. Paediatr Anaesth 1998; 8: 451-60

(2)-Kearns GL, Abdel-Rahman SM, Alander SW, Blowey DL, Leeder JS, Kaufman RE : “Developmental Pharmacology : Drug Disposition, Action, and Therapy in Infants and Children.” N Engl J Med 2003; 349: 1157-67.

(3)-Lewis DW, Dorbad D : “The Utility of Neuroimaging in the Evaluation of Children with Migraine or Chronic Daily Headache Who Have Normal Neurological Examinations”.

Headache 2000 Sep;40(8):629-32.

(4)-Prescott LF. “Paracétamol. A Critical Bibliographic Review.” Second edition. London, Taylor and Fracis Publishers, 2001.

(5)-Termine C, Ginevra OF, D’Arrigo S, Rossi M, Lanzi G et al. : Alternative Therapies in the Treatment of Headache in Childhood, Adolescence, and Adulthood.” ( Funct Neurol 2005 Jan-Mar; 20 (1): 9-14.)

(6)-Schechter NL, Berde C, Yaster M: “Pain in Infants, Children and Adolescents”. Second edition. Philadelphia: Lippincott, Williams and Wilkins, 2003

(7)-Trouveroy V, Chardhomme N: “Pijnbeheer in de Pediatrie: overzicht” ( BPS Newsletter 2005 )