PRATIQUE 2009

 

LA RELAXATION CHEZ L’ENFANT ET L’ADOLESCENT

 

(2e partie )*

 

 

Corinne Goffaux-Dogniez
Docteur en kinésithérapie

 

 

A notre époque, la relaxation de l’enfant et de l’adolescent se justifie de la manière suivante :

 

-       ASPECT SOCIOLOGIQUE 

 

Notre XXI° siècle développe la technologie, dans tous les domaines, y compris ceux de la communication. Mais celle-ci se complexifie et finalement, si nous avons plus de moyens et de meilleurs moyens de communiquer entre nous, il nous reste à apprendre à pouvoir le faire de manière satisfaisante.

Le témoin de la qualité de notre communication pourrait être notre santé et notre réussite.

Dans cette phrase, le mot communication signifierait :

- communication avec nous-même : être en cohérence avec nos besoins, nos émotions, nos sentiments,

- communication avec nos relations ( famille, entourage, travail ).

Dans cette phrase ( encadré ), notre santé et notre réussite  seraient à considérer au point de vue objectif, et subjectif. Le point de vue subjectif (  le sentiment personnel de réussite et de bonne santé ) étant plus important pour notre santé que le point de vue objectif.

Le témoin de la qualité de notre communication pourrait être aussi son caractère globalement non-violent.

Cela implique notre capacité à pouvoir gérer la plupart des situations de vie en apportant des solutions de consensus satisfaisantes pour le groupe en ayant peu recours à la violence verbale ou physique ou en arrivant à la dépasser adéquatement et rapidement.

Le mot violence peut aussi concerner des conduites destructrices ou auto-destructrices plus sournoises comme les assuétudes ( alcool, drogues, dépendances de tous ordres, notamment celle aux médicaments ).

 

-       ASPECT MEDICAL 

 

Notre système médical classique fonctionne en se basant sur le médicament comme recours N°1. A cet égard, on note en Belgique une surconsommation de médicaments anxiolytiques, antidépresseurs et anti-douleurs pour laquelle notre système médical est en recherche d’amélioration et de solutions alternatives de qualité. Les médicaments concernés témoignent d‘une souffrance d’ordre psychologique et corporel.

Les kinésithérapeutes peuvent aborder les souffrances corporelles affectant la sphère neuro-musculaire, ou des souffrances d’origine neuro-végétatives avec des composantes vaso-motrices ( trouble fonctionnel, lésion réversible ou lésion pouvant être freinée dans son évolution ).

Par ailleurs, dans le domaine de  l’enfance, les progrès faits en néonatologie ( grâce à la technologie, aux progrès de la médecine, aux médicaments !...) ont permis de garder viables un nombre croissant d’enfants prématurés. Toutefois, cela a amené aussi un nombre accru de pathologies neurologiques infantiles.

 

 

Parmi ces nouvelles pathologies de neuro-pédiatrie, un nombre d’enfants devrait pouvoir être amené à guérison complète par une bonne compréhension de leur trouble et une orientation judicieuse. La résolution de ces pathologies est à priori plus facile chez l’enfant grâce à une plus jeune, donc meilleure neuro-plasticité. Comme on retrouve ces mêmes pathologies chez l’adulte, la compréhension de leurs mécanismes et des thérapies efficaces pourrait apporter de nouveaux éclairages à la neurologie en général.

 

L’observation du nourrisson en néonatologie a été une source de réflexion sur les stress que les adultes imposent aux enfants. Les stress imposés par les adultes ( dans le cas de la néonatologie, les adultes sont des médicaux ) sont bien entendus, et heureusement non-volontaires mais aussi inconscients au départ ( lumières, bruits, gestes, appareillages,…).

Il y a une négation, un déni de la douleur chez l’enfant de la part de l’adulte. 

L’enfant y répond de manière psycho, neuro, comportementale.

Les services de néonatologie ont, bien entendu, dans un second temps tenu compte de ces constatations pour apporter des changements logistiques et ergonomiques à leur cadre de travail, ainsi que des changements dans la manière d’aborder la relation avec le nourrisson.

 

 

-       REPONSE DE L’ADULTE AU STRESS

 

Le corps de l’adulte est un « petit monde », pourvu d’une limite « vivante », c’est-à-dire « communicante et réactive » : la peau.

Celle-ci sépare le « corps-petit monde » du « grand monde » qui l’entoure. Il y a communication permanente entre le « petit monde » et le « grand monde ».

C’est la gestion du stress.

Celle-ci comprend la gestion de l’émotion, et la gestion des problèmes de la vie.

La gestion de l’émotion est intérieure : elle implique une connaissance de soi

( reconnaissance de nos besoins, nos sentiments, nos émotions ).

La gestion du problème est extérieure : elle amène des solutions aux situations de vie.

La gestion satisfaisante du stress s’accompagne d’une diminution de l’anxiété et d’une augmentation de la qualité de vie ( estime de soi, confiance en soi, plaisir de vivre ).

Un accord satisfaisant dans la satisfaction de nos besoins, nos émotions, nos sentiments, amène une cohérence naturelle et saine : l’estime et la confiance en soi, la plaisir de vivre sont les antidotes naturels à la batterie de médicaments surconsommés : anxiolytiques, antidépresseurs, antidouleurs.

La cohérence est retrouvée lorsqu’elle est dite par le corps qui se sent bien, elle va de pair avec le sentiment de l’accord entre le « petit monde » et le « grand monde » : les choses en nous et autour de nous ont du sens, le respect est là et l’amour aussi. 

 

 

-       REPONSE DE L’ENFANT AU STRESS

 

Si le corps de l’adulte est un « petit monde », le corps de l’enfant est un « tout petit monde ».

L’enfant est normalement protégé par l’adulte, jusqu’à ce qu’il soit lui aussi un 

« petit monde » arrivé à maturation d’adulte.

Durant son développement, l’enfant se nourrira de ces «  petits mondes  » de parents et du « grand monde » de son époque, et sera très fortement influencé par eux.

 

C’est pourquoi l’aspect médical et sociologique sont intéressants à analyser d’un point de vue légèrement critique, comme « de l’extérieur » :

Comment pourrait-on évoluer dans sa pratique professionnelle si l’on a pour son « art » un amour aveugle ?

 

L’enfant va construire le même type de réponse au stress que l’adulte. Il est donc important de l’éduquer à connaître et reconnaître ses besoins, ses émotions, ses sentiments. Il est important de prendre le temps d’y faire un tri selon leur réelle importance, et d’y donner un sens éthique lors de l’adolescence. Il sera important de consacrer du temps à apprendre à exprimer ses besoins et ses émotions à bon escient et de sentir la place de ces choses dans la gestion des relations humaines et des stress.

 

-       TRAVAIL DE RELAXATION CHEZ L’ENFANT 

 

La relaxation chez l’enfant parle à son « tout petit monde ».

Elle prend le temps de lui donner une place, et ainsi redonne corps à ses sensations.

Celles-ci seront l’appui de la communication émotionnelle, et ainsi le départ de toute communication et gestion des stress ( c’est-à-dire de la vie ).

Si le « mal du siècle » exprimé par la surconsommation médicamenteuse citée plus haut est psycho-neuro-corporel, la relaxation est une technique qui aborde précisément la personne par ces aspects, et donc c’est une technique de choix pour être une solution alternative de qualité.

Dans un «  grand monde » volontiers agité, les instituteurs ne peuvent que constater impuissants qu’ils ont des classes de « tout petits mondes » agités également par un effet miroir dont les enfants sont spécialistes.

Les problèmes attentionnels ne sont que l’expression mentale de l’agitation.

L’effet miroir renvoie aussi chez nos « tout petits mondes » les problèmes constatés dans le « grand monde » : anxiété, déséquilibres liés à l’art périlleux de la gestion du stress.

 

-       INTERET POUR TOUTE LA FAMILLE D’UN TRAVAIL DE RELAXATION CHEZ L’ENFANT 

 

Cet effet miroir : « grand monde » - « petits mondes » - « tout petits mondes » rend merveilleuse la prise en charge de l’enfant en relaxation.

Elle est un temps obligé de détente pour toute la famille.

Un temps à écrire dans l’agenda : on est occupé à se détendre.

On a un alibi.

C’est un cadeau pour toute la famille de sentir combien il est vecteur de cohérence et de bien-être, de santé, de plaisir de vie.

Cohérence ?

Bien-être ?

Plaisir de vie ?

Du vent quoi ?

Non !

Ce sont des étapes non objectivables scientifiquement mais nécessaires qui conduisent à une diminution des symptômes objectivables affectant la sphère psycho-neuro-corporelle concernée par notre mal du siècle.

 

 

-       BIBLIOGRAPHIE 

 

- Barrios-Choplin B, Mc Craty R, et al. ( 1997 ):”An Inner Quality Approach to Reducing Stress and Improving Physical and Emotional Wellbeing at Work”, Stress Medicine, vol 13

(3), p 193-201.

- Bergès J, Bounes M ( 1985 ):”La Relaxation Thérapeutique chez l’Enfant”, Masson.

- Bronselaer D ( 2005 ) : « Comment Réussir à l’Ecole », Labor.

- Bruchon-Schweitzer M, Dantzer R, ( 1994 ):”Introduction à la Psychologie de la Santé”, Presses Universitaires de France. 

- Goleman D ( 1995 ) :  « Emotional Intelligence », Bantam Books, New York.

- Greenberg MT, Kusche CA, QuammaJP( 1995 ) : “ Promoting Emotional Competence in School-Aged Children : the Effects of the Paths Curriculum.” Development and Psychopathology, 7.

- Hawkins JD, et al. ( 1992): ”The Seattle Social Development Project” in J Mc Cord et R Tremblay ( éd ), “The Prevention of Antisocial Behaviour in Children”, Guilford, New York.

- Ledoux JE ( 1992 ): “Brain Mechanisms of Emotions and Emotional Learning” Current Opinion in Neurobiology, Vol 2, p 191-7

 

 *: 1re partie: voir KINE 2000 – Pages jaunes – Pratique 2007.