PRATIQUE 2009

 

 

KINE 2000 A TESTÉ POUR VOUS

 

LE DEDOLOR®AS

DANS LES LYMPHŒDEMES SECONDAIRES DU MEMBRE SUPÉRIEUR

 

 

Comme son nom l’indique, le Dédolor®AS (AMM Process, Quetigny, France) (www.dedolor.com) est un appareil dont la fonction première est de soulager la douleur. La douleur chronique s’entend. Ses indications secondaires sont d’agir contre la perte de glissement des plans et la fibrose.

 

Le Dédolor®AS est un boitier avec deux bras mécaniques ventraux. Ceux-ci sont dotés de pièces, dits « doigts », à face interne plane permettant de réaliser une pince mécanique. Celle-ci permet la préhension et la mobilisation jusqu’à une profondeur de 7 cm de tissus : peau, muscles, tendons, … et œdème. Et comme la pince mécanique est à haute valeur de pression potentielle, le concepteur, Alain Meunier, kinésithérapeute du côté de Dijon, a eu l’idée – pertinente - d’étendre ses indications aux lymphœdèmes [1].

 

Le fait que ce matériel puisse réaliser des compressions élevées ne sont pas limitatives en soi. Elles sont très utiles pour débloquer une zone d’œdème rebelle, un goulot de résistance. Ainsi, ce matériel procure une assistance à la main du kinésithérapeute dans ces abords qui nécessitent souvent de la puissance et de l’endurance.

 

Afin de réduire tout effet indésirable, un dispositif interactif de sécurité est prévu depuis ses origines : le malade peut pousser sur un bouton qui bloque la pince lorsque la sensation devient désagréable. Dans les indications de douleurs, cette télécommande permet au patient de devenir acteur durant toute la séance. Par contre, le traitement du cancer du sein entraîne de fréquentes pertes de la sensibilité à la douleur. Les patientes n’ont donc aucun moyen de se protéger contre le risque d’hyperpression ou de pincement. Et comme, normalement, l’opérateur ne va pas glisser son doigt entre la pince et la peau de la patiente, il n’a aucune idée de la dangerosité du geste.

 

Bref, il n’est pas prouvé que cet acte soit sans effets indésirables immédiats ou retardés. Ceci amène à quelques réserves avant de prodiguer un tel acte. De plus, il n’a toujours pas été démontré de son utilité ou de sa nécessité dans les lymphœdèmes. En effet, outre le fréquent problème d’insensibilité des malades, reste les questions du coût, de la contrainte et de la durée du geste. Questions essentielles qui ne peuvent avoir, ici, que des réponses défavorables : cet appareil très onéreux  bloque le kinésithérapeute durant de longs moments. Le rapport service rendu/effets indésirables fait donc pencher la balance vers une prudente expectative.

 

En conclusion, il ne fait aucun doute que le Dédolor®AS puisse donner de bons résultats dans les gros lymphœdèmes figés et anciens. Toutefois, le service à en attendre est disproportionnellement maigre par rapport au risque de complications inflammatoires, au prix d’achat et au temps de présence active du kinésithérapeute.

 

S. Theys
serge.theys@uclouvain.be
Clin Univ Godinne
B 5530 – Yvoir

 

 

[1] Meunier A: Dedolor soulage la douleur chronique. Physiopolis Magazine 2008 ;13 : 49.